Soutien au terrorisme : Abidjan proteste suite aux nouvelles accusations de Niamey

Déjà en froid depuis plus de deux années maintenant, les relations entre le Niger et la Côte d’Ivoire ont connu une nouvelle crise, la semaine dernière, suite aux nouvelles accusations portées par le Chef de l’État nigérien contre son homologue ivoirien, au lendemain de l’attaque menée, dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 juillet 2026, contre la base aérienne 101 de Niamey. En visite sur les lieux de l’assaut, le Général Tiani avait, en effet, indexé puis mis en garde les présidents Macron de la France, Talon du Bénin et Ouattara de la Côte d’Ivoire, comme des « sponsors du terrorisme » au Sahel. Des accusations qui ne passent pas à Abidjan où, dès vendredi dernier, l’Ambassadrice du Niger en Côte d’Ivoire a été convoquée au cabinet de la nouvelle Cheffe de la diplomatie ivoirienne, Nialé Kaba, pour des protestations officielles.
Comme un air de déjà-vu : Niamey qui accuse et Abidjan qui proteste officiellement ! Les tensions diplomatiques entre le Niger et la Côte d’Ivoire ne sont pas prêtes de s’estomper alors qu’elles traversent des zones de turbulences depuis juillet 2023 et le coup d’État militaire contre l’ancien président Bazoum par les officiers du CNSP, avec à leur tête le Général Abdourahamane Tiani.
La semaine dernière a connu un nouvel épisode de cette crise qui n’arrange en rien les relations entre les deux pays ouest-africains. Suite à l’attaque terroriste perpétrée contre la base aérienne de l’armée de l’air de Niamey, dans la nuit du 28 au 29 janvier dernier, le Président nigérien a nommément mis en cause les présidents Emmanuel Macron de la France, Patrice Talon du Bénin et Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire. Ce n’est certes pas la première fois que le Général Tiani accuse le Président français Macron de vouloir déstabiliser le Niger ainsi que les pays de la Confédération AES, en se servant de certains « relais » africains, notamment ses homologues béninois Talon et ivoirien Ouattara, mais cette fois l’accusation a été accompagnée d’une sorte de mise en garde qui sonne comme une promesse de réponse à l’affront. « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara, que nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent, eux aussi à leur tour, à nous écouter rugir », avait déclaré à chaud le Président Tiani, lors de sa visite sur les lieux, quelques heures après l’attaque.
Protestation officielle d’Abidjan et convocation de l’Ambassadrice du Niger
Des propos qui ne passent pas à Abidjan et les autorités ivoiriennes ont tenu à le faire savoir officiellement. Dans un communiqué, vendredi 30 janvier, le ministère ivoirien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a annoncé la convocation, le même jour à Abidjan, de l’ambassadeur de la République du Niger en Côte d’Ivoire, Mme Alfari Sita Sahida Badamassi Djariri, à la suite des « déclarations jugées graves » tenues récemment par les plus hautes autorités nigériennes à l’endroit du Président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara.
Selon le communiqué officiel, l’entretien s’est tenu au cabinet de la nouvelle ministre d’État chargée des Affaires étrangères, Nialé Kaba. À cette occasion, le gouvernement ivoirien a exprimé « sa vive indignation » et a condamné avec « la plus grande fermeté » ces propos, estimant qu’ils contreviennent aux usages diplomatiques et portent « une atteinte grave à l’honneur et à la dignité » du Chef de l’État ivoirien, ainsi qu’au peuple de Côte d’Ivoire.
Selon le communiqué, la Cheffe de la diplomatie ivoirienne a saisi l’occasion pour rappeler que « la Côte d’Ivoire, fidèle à sa tradition de dialogue, de paix et de bon voisinage, a toujours œuvré au maintien de relations d’amitié et de fraternité avec les pays de la sous-région ». Toutefois, est-il précisé dans le communiqué, « elle ne saurait tolérer des agissements ou des déclarations de nature à compromettre sérieusement la qualité des relations bilatérales ou à porter atteinte à ses institutions ».
Dans ce cadre, a fait savoir la diplomatie ivoirienne, une note de protestation formelle a été remise à l’ambassadeur du Niger pour transmission à ses plus hautes autorités. « Le gouvernement ivoirien indique rester attentif à la suite qui sera donnée à cette démarche diplomatique et se réserve le droit de tirer toutes les conséquences qui s’imposent, en fonction de l’évolution de la situation », poursuit le communiqué, dans lequel il est précisé que « cette convocation s’inscrit dans le respect des pratiques diplomatiques en vigueur et traduit la volonté des autorités ivoiriennes de défendre la souveraineté, l’honneur de l’État et la dignité de ses institutions, tout en privilégiant, lorsque cela est possible, la voie du dialogue pour la préservation de la paix et de la stabilité dans la sous-région ».
Ce n’est pas la première fois que le ton monte entre Niamey et Abidjan et que les autorités ivoiriennes convoquent le représentant diplomatique du Niger suite à des accusations de leurs homologues nigériens. Au Niger comme en Côte d’Ivoire, ces déclarations sont diversement appréciées et les tensions diplomatiques scrutées à la lettre, d’autant que la Côte d’Ivoire accueille une importante diaspora nigérienne qui risque de payer les frais de cette crise qui ne fait que s’envenimer depuis l’avènement du CNSP au pouvoir, en juillet 2023. Les deux pays restent tout de même membres de l’UEMOA et continuent d’entretenir des relations économiques et culturelles assez fortes.
Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)



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