Togo-Burkina : Lomé reconnaît enfin avoir extradé vers Ouaga Damiba, l’ancien patron de la transition burkinabè

Après plusieurs jours d’informations contradictoires, amplifiées par le silence des autorités togolaises et burkinabè, on en sait un peu plus sur le sort de l’ancien patron de la transition au Faso. Dans un communiqué daté du 19 janvier mais rendu public ce mardi, le gouvernement togolais a annoncé l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso, à la suite d’une demande officielle des autorités judiciaires de ce pays.
Poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, notamment d’atteinte à la sûreté de l’État, de détournement criminel de deniers publics, d’enrichissement illicite criminel, ainsi que de corruption, d’incitation à la commission de délits et crimes, de recel aggravé et de blanchiment, l’ex-chef d’État burkinabè, au pouvoir de janvier à septembre 2022, a été arrêté à Lomé, où il s’était réfugié, puis remis aux autorités burkinabè après avis favorable de la justice togolaise.
« Celui qui se bat pour quelque chose là, c’est pour lui la chose ! » Cette phrase culte qu’il a léguée à la postérité et qui constitue le plus grand legs de son bref passage à la tête du Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba est certainement en train de se la remémorer, là où il se trouve actuellement ! Depuis quelques jours, en effet, l’ancien patron de la transition burkinabè se trouve aux mains des autorités de son pays, après avoir été extradé de Lomé, où il s’était réfugié depuis septembre 2022 et la perte de ce pourquoi il s’est beaucoup battu, en gros « sa chose ».
Après plusieurs jours de flou, de rumeurs, d’infox et autres démentis, et surtout le silence de Lomé et Ouagadougou qui a amplifié les conjectures, le gouvernement togolais a fini par sortir de son mutisme et a communiqué sur la situation de l’ancien tombeur de Roch Kaboré.
Dans le communiqué, les autorités togolaises ont souligné que c’est après l’examen de la régularité de la requête des autorités burkinabè qu’elles ont donné les suites de droit. De ce fait, la partie togolaise explique que, conformément à la procédure en matière d’extradition au Togo, Paul-Henri Sandaogo Damiba a été interpellé le 16 janvier 2026, en exécution du mandat d’arrêt qui faisait corps avec la demande d’extradition reçue, puis écroué. Le gouvernement togolais ajoute que la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lomé a ensuite été saisie du dossier.
Cette juridiction a, par la suite, donné un avis favorable à la requête ainsi introduite, sur le fondement de l’offre de réciprocité des autorités burkinabè, des instruments internationaux auxquels le Togo est partie et des garanties offertes par ces autorités quant au respect de l’intégrité physique et de la dignité de Paul-Henri Sandaogo Damiba, de ses droits au cours de la procédure, notamment celui d’un procès équitable, et de l’absence de la peine de mort.
« Après cet avis favorable de la chambre d’instruction, Paul-Henri Sandaogo Damiba a été remis aux autorités de la République du Burkina Faso, le 17 janvier 2026 », précise le communiqué, qui n’a pas manqué de souligner que cette extradition s’inscrit dans le cadre de la coopération judiciaire entre États et du respect de l’État de droit.
Pour rappel, l’ancien patron de la Transition a pris le pouvoir, « sa chose », en janvier 2022 après avoir renversé l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré, avant d’être à son tour écarté du pouvoir en septembre 2022 par l’actuel président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. Depuis, il s’est réfugié à Lomé, au Togo, et à plusieurs reprises, les autorités actuelles de la transition l’ont accusé d’être impliqué dans des tentatives de déstabilisation des institutions du pays. La dernière en date, c’était en ce mois de janvier, où son nom a été cité par plusieurs personnes impliquées dans une nouvelle affaire de coup d’État, comme révélé au public par le ministre de la Sécurité publique, le commissaire Mahamadou Sana.
Cette extradition d’un ancien chef d’État va constituer un précédent dans la sous-région et, ironie de l’histoire, Damiba n’aura pas connu le même sort que celui qu’il avait voulu réserver à l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré, qu’il a tenté de réconcilier avec les Burkinabè et qui, lui, coule des jours paisibles à Abidjan, en Côte d’Ivoire, depuis sa chute en 2014.
Ikali Dan Hadiza, actuniger.com



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