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Issa Barry journaliste

Un grand baobab vient de se coucher pour toujours. Homme d’état au patriotisme inaltérable, son attachement au monde rural pour ne pas dire au pays réel a créé une fusion unique entre le peuple et lui, Baba Tandja comme on l’appelle affectueusement au pays. Mes pas de journaliste m’ont conduit chez cet homme de courage qui n’a guère reculé devant l’adversité dans sa vie d’officier. « Je suis un soldat, je n’ai pas de frein ni de marche-arrière. Dans ma vie, je ne sais qu’avancer » me confiait-il un jour.

 

Zeyna commission0

En cette année 2009, le Niger a renoué avec ses crises socio-politiques après une décennie de relative accalmie sous le magistère de Mamadou Tandja, élu à la tête du pays à l’issue de la présidentielle de 1999. Je dépose mes valises d’envoyé spécial à Niamey, filé de jour comme de nuit par trois agents secrets, des policiers en civile.

Initialement prévu pour une dizaine de jours, le séjour va s’étendre sur trois mois. Après quelques jours de tentatives, le rendez-vous est enfin fixé avec le Président Mamadou Tandja.

Il avait alors instruit son fils (ancien militaire formé au prestigieux prytanée militaire de Saint-Louis au Sénégal) de venir me chercher à mon hôtel pour un rendez-vous à 10h. La météo affiche 32°C

Le ciel chargé de nuages, nous gratifie d’un exceptionnel beau temps qui tranche d’avec la situation politique très tendue que vit le pays depuis des mois.

Une quinzaine de personnalités dont des représentants de la CEDEAO attendent au salon de ce palais dont la modestie n’a d’égal que la simplicité de son locataire. Un silence plat règne, signe que le chef des lieux est bel bien sur place. Le protocole me souffle à l’oreille : « vous avez 20 minutes avec le patron. Pas plus ». Le ton est à la limite impérial. Quoi de plus normal vu le rang et le nombre des personnalités qui attendaient. Subitement le patron fait son apparition ; d’une démarche sûre et d’un regard ferme, il lance : « Abdoulaye est où ? » Bonjour monsieur le Président, je suis là. Il me tend la main et me tire vers lui : « suis-moi mon fils. Allons dans mon bureau ». Plusieurs questions me taraudent l’esprit. Sans réponse. Pourquoi cette familiarité ? Pourquoi…. ? Pourquoi… ?

Pour la première fois dans ma carrière de journaliste, je suis entrain d’être perturbé par un homme politique qui plus est « un dictateur ». C’est lui qui engage en premier la conversation sans me laisser le soin de donner les raisons de ma visite. La météo est une chose sacrée chez Tandja:« quel temps fait-il chez vous » ? Et à chaque fois que je l’ai revu cette question m’accueille. Et poursuit : « vous faites du bon boulot, vous avez tous mes encouragements. L’Afrique doit avoir sa propre voix. J’ai dit à Bongo (l’ancien président gabonais) l’année dernière qu’il faut nécessairement que nous travaillions à avoir un média qui porte la voix de l’Afrique. Les médias occidentaux ont assez déstabilisé l’Afrique, ça suffit maintenant ». Ensuite il me tend un magazine panafricain basé à Paris. La Une : « Tandja, le petit dictateur ». A cet instant, je ne savais pas si je devais le consoler ou commenter. Lui-même me facilitera la tâche en ces termes : « tu sais pourquoi ils font ça? Lors de ma première visite en France en 1999 après mon élection, ils sont venus me voir et me présenter une facture de 150 millions que le régime précédent leur devait après une opération de communication sur le Niger. Etant donné que l’Etat est une continuité, je me suis engagé à payer cette dette. Mais je leur ai dis que moi je ne donnerai pas un franc à un journaliste pour qu’il chante mes louages. Et c’est ce que j’ai fait pendant mes 10 ans au pouvoir ».

Les minutes s’écoulent, nos échanges s’intensifient. « Le dictateur » que j’étais venu rencontrer est en réalité intraitable sur la question de la souveraineté de l’Afrique. Georges Bush ne dira pas le contraire. Sarkozy non plus. Le Président français d’alors avait dépêché son Secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet en pleine crise entre le Niger et Areva sur le prix de l’Uranium. Il était porteur d’une lettre d’invitation adressée à Mamadou Tandja pour une visite officielle en France. Tandja oppose un refus catégorique. « Qu’est-ce que je vais dire à mon peuple à mon retour ? « Comment est-il possible que je me déplace en France pour parler de l’Uranium du Niger avec un Président français ? » me lâche-t-il.

Sarkory est contraint de se déplacer à Niamey en mai 2009. « Après cette visite, j’ai dit à Sarkozy que je suis disposé maintenant à aller en France. Qu’ils arrêtent de nous infantiliser, nous sommes des pays souverains. Ça suffit maintenant ».

Intraitable, Tandja l’était également sur la question de la sécurité nationale. Mieux, quand il était ministre de l’intérieur, il avait quitté Niamey pour diriger lui-même les opérations et réduire à néant la rébellion à l’époque. « Je suis un méhariste. A l’époque, j’ai parcouru tout le Niger. Je connais le terrain avec tous les points d’eau dans le désert sans GPS. Je faisais 10km à pieds, 5km à dos de chameau et je parcourais des dizaines de kilomètres avec mes hommes par jour » me lance-t-il avec fierté.

Officier valeureux, il refuse tout compromis avec la rébellion arguant qu’ils étaient plutôt des bandits armés : « Quand ils ont commencé, j’ai appelé mon frère ATT, il était à Kayes ce jour-là, pour lui dire que ces gens sont des bandits armés, il faut les mater. Entendez-vous parler encore du MNJ au Niger ? Me demande-t-il.

L’interview pour laquelle j’étais parti à Niamey n’aura pas lieu. Baba Tandja ne veut pas m’accorder une interview télé. Mais l’entretien de 20 minutes dure finalement trois heures. A ma sortie, le protocole éberlué me demande : « monsieur Barry, qu’avez-vous dit au patron ? Il n’a pas l’habitude d’accorder autant de temps à une audience ». Par la suite, je l’avoue, un lien affectif s’est créé entre Mamadou Tandja et moi ainsi qu’avec son fils, « l’Ancien » comme nous l’appelons entre amis et autres camarades anciens enfants de troupe.

A chacun de mes séjours au Niger, je me faisais le devoir d’aller lui présenter mes civilités. Au contact de Tandja, j’ai découvert un homme à la mémoire phénoménale : « Connais-tu Bougouni (une ville à 160 km de Bamako) ? J’ai fait un tonneau au niveau du virage à quelques encablures de la ville. C’était en 1972, j’étais alors jeune lieutenant ».

Tanja c’est surtout un patriote convaincu, un homme d’une intégrité indéniable qui a œuvré pour un développement équitable et l’équilibre national au Niger. Le Niger perd un de ses valeureux fils.

Toutes mes condoléances à sa famille.

Dors en paix Baba Tandja!



Commentaires

5
Jaf
3 années ya
Quelques corrections.Tandja a pr
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4
Patriot
3 années ya
Allahou Akbar , Baba qu 'Allah entende les pleurs de ton peuple et t accordes jannatou firdaous
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4
Harouna Mamoudou
3 années ya
:-* merci abdoulye barry pour ce t
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5
Harouna Mamoudou
3 années ya
Merci beaucoup Abdoulye barry pour ce grand t
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3
Malamizer H Hamadou
3 années ya
Que le Bon Dieu aie piti
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3
Malamizer H Hamadou
3 années ya
Que le Bon Dieu aie piti
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2
Boureima A Mamoudzou
3 années ya
Mercie beaucoup pour cette rappel ,que la terre lui soit l
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1
Issouf ss
3 années ya
Paix
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3
Dibachir
3 années ya
[quote name="Jaf"]Quelques corrections.Tandja a pr
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0
Tout mes condol
3 années ya
Tout mes Condol
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1
Zak
3 années ya
[quote name="Jaf"]Quelques corrections.Tandja a pr
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0
Zak
3 années ya
[quote name="Jaf"]Quelques corrections.Tandja a pr
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2
TOTO A DIT
3 années ya
8) :-* Sans conna
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1
Maharah
3 années ya
Paix
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1
JMJ85
3 années ya
Qu'Allah SWT pardonne
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