lundi, 23 juillet 2018
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Issoufou et PNDS investiture1

Cela fait exactement trois mois que les acteurs de la société civile croupissent dans les geôles du régime alors même que, a priori, rien ne justifie une détention pénitentiaire aussi durable, parfois même dans des prisons de haute sécurité voire sans avoir été entendus par un juge. Ils n’avaient pourtant ni fait main basse sur la Joconde ni perpétré un attentat terroriste ni même proféré des injures à une autorité publique..

 

Bien que non pris en flagrant délit de manifestation publique voire interpellés sans mandat d'amener aucun, ils ont d’abord été gardés dans un centre de l'Ecole de police, puis sommairement traduits devant un juge avant d'être, pour la plupart, déportés dans les prisons proches de la capitale. Même scénario à Zinder. Pourtant, face aux interdictions répétées de manifester, ils n'avaient fait que menacer de se rassembler à partir de 16h30 sur une place publique en réaction à la décision de la Délégation spéciale de Niamey - une instance non élue - qui avait la veille autorisé une manifestation politique du PNDS, poursuivie jusque tard dans la nuit, puisqu'il s'agissait d'activités relatives à la tenue d'un congrès, auquel des milliers de militants devaient prendre part. Après tout, pour les acteurs de la société civile citoyenne, les faits n'étaient guère constitués, d'autant que la menace à manifester n'a pas été mise à exécution. Depuis lors, les actions collectives, sous forme de Journées d'action citoyenne en vue de la libération sans conditions de leurs camarades n'ont eu de cesse d'être organisées dans tout le pays par les autres responsables civiques. Des organisations internationales ont également fait part de leur inquiétude quant au sort des détenus tout en médiatisant les dérives autoritaires du régime. Au parlement français même, des partis politiques ont interpellé le président Macron afin qu'il intercède auprès du président nigérien sur le respect des droits et libertés au Niger. Parallèlement, au Niger même, la mobilisation battait son plein, excepté la trêve du Ramadan.

Malgré tout, le Président resta inflexible, ses alliés politiques solidaires avec lui, aucun n'osant prendre ses distances pour dénoncer cette paranoïa de coup d’Etat, véritable idée fixe occupant l’esprit du PR. On se rappelle, en effet, que par le passé le chef de l’Etat avait par deux fois évoqué des tentatives d’un renversement de son régime, même à l’occasion d’un Message à la nation Des militaires et des civils en avaient fait les frais, certains d’entre eux gardant jusque-là prison, d’autres ayant bénéficié d’un non-lieu. Cependant, en osant jusqu’à assimiler les activistes emprisonnés à des putschistes, le PR ne réalise pas suffisamment qu’il remet aussi parallèlement en doute l’intégrité des acteurs civiques alliés à l’Opposition en 2010. Si le parallélisme des formes est tentant, la particularité du contexte actuel est qu’il est aujourd’hui garant de la constitution et censé respecter et faire respecter la loi.

Si le Président de tous les Nigériens revient derechef sur cette rengaine, cela ne doit donc guère étonner quand il stigmatise une certaine « société civile putschiste » : il en a l’habitude. Pour autant, en tant que premier magistrat et justiciable en même  temps, a-t-il le droit d’accuser de velléités putschistes Nouhou Arzika, Ibrahim Diori, Maitre Lirwana, Ali Idrissa Nany, Moussa Tchangari et Maikoul Zodi – pour ne citer que les plus connus – qui n’ont ni armes, ni armée, si ce ne sont celles que la Constitution leur concède? En l’occurrence, ici, le droit de protestation individuelle ou collective de manière pacifique. Car, dans un Etat de droit, nul citoyen ne peut, gratuitement, accuser un autre de complot contre l’Etat, à moins qu’il n’en apporte instamment la preuve tangible. Dans le cas contraire, ce serait tout simplement une diffamation gratuite, dont les victimes auront tout loisir de porter plainte. Aux antipodes de l’état d’esprit des acteurs civiques actuels, lui-même n’avait-il pas, à une époque récente, appelé l’armée à prendre ses responsabilités dans un  contexte de crise politique ? Les activistes incarcérés n’avaient, eux, en tous cas, pas franchi un tel cap.

INTERROGATIONS

Aussi, comment comprendre que des hommes politiques qui clament sur tous les toits, y compris parisiens, leurs penchants démocrates s'évertuent-ils à voir des complots partout, même dans les marches pacifiques de la société civile? Comment comprendre que des démocrates et des élus nationaux persistent à assimiler les manifestations de la société civile à des tentatives d'insurrection voire de rampes de lancement à un coup d'Etat? Comment comprendre que nonobstant la dégradation exponentielle de l'image du régime, ses plus hauts responsables continuent de rejeter les appels à la libération des acteurs civiques, émis aussi bien par les organisations civiques africaines qu'internationales?

Si l’on admet qu’aucun pouvoir n’est assez masochiste pour creuser sa propre tombe, ou se complaire dans l’image, galvaudée dans les médias internationaux, d’un pouvoir autoritaire et violateur des droits et libertés élémentaires, il faut bien se demander si, quelque part, la superstition ne guide pas sa démarche,  et surtout  son obstination à n’en faire qu’à sa tète. En Afrique, la dimension surnaturelle constitue en effet une variable significative dans la conquête, l'exercice et le maintien au pouvoir. L’approche rationnelle des comportements politiques bute parfois sur des considérations d’ordre socioculturel. Le diable, dit-on, se trouve dans les détails ! Socialisés dans un univers mystico-religieux, les dirigeants politiques africains ont, en effet, généralement tendance à suivre les sentiers battus de la culture politique locale que les canons occidentaux du mode  de gestion de l’Etat moderne. En cela, ils préfèrent  davantage écouter leurs marabouts ou leurs devins  que leurs conseillers juridiques ou en bonne gouvernance. Leurs augures leur ont-ils, dans l’obscurité de la nuit, dit que les acteurs de la société civile citoyenne sont le talon d’Achille de leur régime et qu’il conviendrait de les éloigner durablement de la scène des luttes sociales ? Leurs marabouts leur ont-ils nuitamment confessé après un « istahara » bâclé que ces activistes préparent le terrain à un coup d’Etat, exécuté par des militaires tapis dans l’ombre ?  Un mage hindou leur a-t-il déclaré, la main sur le cœur, que la position des planètes dans le thème astral défavorisait irréversiblement leur karma ? Tout porte à le croire quand des gouvernants pourtant labélisés démocrates mettent durablement entre parenthèses les normes et valeurs de l’Etat de droit, de la République et de la démocratie, dont la séparation des pouvoirs, l’égalité de tous devant la loi, la responsabilité des gouvernants face à leurs actes et décisions et la bonne  gouvernance ne sont pas les moindres.

 Foin de tout cela, seuls comptent le verbe magique, la parole incantatoire et le message divinatoire ! Peu importe le flacon, dit-on, pourvu qu’on ait l’ivresse ! En l’occurrence ici, l’ivresse d’un pouvoir dopé par les promesses d’invulnérabilité et d’impunité des prétendus maitres de l’invisible, lesquels jurent d’assurer en même temps sa protection rapprochée. Fort de ce bouclier mystique, où le zima et le marabout seraient au contrôle, les gouvernants croient donc tout se permettre impunément, y compris et surtout la violation répétée des règles mêmes qui leur ont permis d’être là où ils sont. Peut-on, interrogent-ils, interpeller ces activistes, les faire entendre sommairement et les incarcérer dans les prisons proches de Niamey ? Assurément, nous sommes au contrôle, répondent en chœur ces charlatans aux yeux gluants ! Voyons, peut-on, y compris pendant le mois saint de Ramadan les garder en taule ? Quelle question, s’esclaffent en chœur les filous, le Ramadan est un mois comme les autres ! Doit-on faire fi des déclarations, mémorandums et communiqués de protestation des organisations internationales et des médias africains et occidentaux ? Aucun risque, rétorque le mage hindou, toutes les planètes sont extraordinairement alignées ! Du reste, la terre ne ment pas, surenchérit le devin burkinabé.

Autant, dans l’Afrique traditionnelle, avant de déclarer la guerre à son voisin ou même de prendre une nouvelle femme, le chef consultait son devin attitré, autant de nos jours, les élites modernistes se confient corps et âme aux diseurs de bonnes aventures et autres oracles à quatre sous, qui ne voient pourtant pas plus loin que le bout de leurs nez. Nombre d’arrestations, d’enlèvements, de déportations d’opposants ou d’acteurs civiques voire de meurtres sacrificiels, en Afrique, sont bien souvent inspirés par ces personnages de l’ombre, plus convaincants que les meilleurs conseillers politiques sortis des grandes écoles. Aussi, tant que  les charlatans et les sorciers régneront dans les palais présidentiels, la situation des droits humains et de la démocratie sera toujours critique voire chaotique, si le Prince, fort de sa superstition, ne parvient pas à distinguer le bon grain de l’ivraie, à faire preuve de discernement dans la conduite des affaires de l’Etat. D’un point de vue sociologique, il importe finalement donc de ne pas sous-estimer le poids de la variable mystique dans l’analyse des comportements de l’acteur politique au Niger en particulier.

SOULEY ADJI - UAM

 

 

Commentaires   

0 #1 Ziad 25-06-2018 21:29
Merci de sortir de votre mutisme...Nous sommes encore nombreux à observer la situation de très près sans dire un mot par respect ou Da'a en hausa Ashiq ou takarakat en tamajeq. Mais notre patience à ses limites surtout face aux violations des droits de l'homme.
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+4 #2 Ziad 25-06-2018 21:30
Nous ne comprenons pas comment les nigériens se taisent face à ces dérives autoritaires C'est dommage
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0 #3 Ziad 25-06-2018 21:44
Quel genre de cœur a le président Issoufou maintenir des innocents en prison en violation de la constitution en violation d'un serment coranique. Sans foi ni loi Monsieur le président vous faites pitié Vous êtes musulman et privez de libertés des pères de familles des fils de Adam. Débarrassez vous de tous ceux qui conseillent dans ces basses manœuvres Vous n'êtes plus vous même M.Issouffou .L'ORGEUIL EST L'ENNEMI DU BON MUSULMAN. Nous vous connaissons avec un bon cœur de Dandji à Illela de Tahoua à Arlit De Niamey à Gouré .S'il vous plait grand frère soyez le président de tous les nigériens.Nous sommes vos petits frères et nous n'avons pas DARSI à vous donner
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+9 #4 Moustapha 26-06-2018 05:55
Et de mauvaise foi qu'il est, pour même parler de ces acteurs de la société civile, il a fallu qu'il soit à Paris chez son boss, très ridicule vraiment.
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+6 #5 Bawan Allah 26-06-2018 08:12
Troublant en effet. Rien ne peut expliquer cette situation
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+7 #6 bagague 26-06-2018 09:21
De tous les temps,ceux qui nous gouvernent font recours aux consultations des charlatant avant d'agir dans quoique ce soit,pourtant,nous sommes à 99% de musulman.Quel paradoxe!!!,quelle hypocrisie!!!
Quoiqu'ils fassent,quand leur heure sera passée,ils quitteront ce pouvoir qu'ils le veuillent ou pas
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+6 #7 Hankuri 26-06-2018 10:03
La fonction ne change pas l´homme, elle le revele. elle revele qui il est dans son fond interieur. Si Hama Amadou n´avait pas fait de issoufou president du niger, jamais nous ne saurions a quel point issoufou est mauvais et manque de leadership et d´amour pour sa patrie. Never and never.
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-7 #8 agalla 26-06-2018 10:08
Mr adji ,votre analyse dichotomique cherche toujours à clouer le gouvernement au pilori pendant que vous soutenez les yeux fermés certains acteurs voyous.On comprend pourquoi le général Baré a voulu vous donner un leçon suffisamment mémorable mais que vous avez tendance déjà à oublier
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+1 #9 la mouche 26-06-2018 10:40
toute politique bonne ou mauvaise a une fin et les peuples demeurent pour toujours. mais que voulez vous d'un usurpateur? qu'il vous verse du miel dans la bouche?soyez patient, sa chute sonnera et ne surprendra personne car toutes les dictatures se terminent mal et ne laissera que des regrets et l'enfer.observez mes turpitudes avec les bouchers pourtant je continue à voler, voler voler jusqu'au jour ou je finis ma vie dans un liquide ou la gueule d'un reptile: c 'est ça la démocratie
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-3 #10 samna 26-06-2018 10:44
Cette analyse partisane compte de trop de contres vérités. La situation telle que décrite ici ne reflète pas le vécu des nigériens sauf ceux de la cinquième colonne!
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0 #11 goto 26-06-2018 10:46
mouches
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-3 #12 BALI 26-06-2018 12:08
Bonjour,

Souley Adji, tu ferais mieux d'enseigner cette matière de zimas à la fac, mais saches que tes élucubrations ne servent à rien, on se connaît, même sur la question de démocratie.
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-3 #13 MAI IDON GANI 26-06-2018 13:02
QUESTIONS: LA DEMOCRATIE EST -ELLE SYNONIME DU NON RESPECT DES LOIS ET REGLEMENT D'UN PAYS DEMOCRSTIQUE? LE FAIT DE POURSUIVENT CEUX QUI OBTEMPERENT PAS AUX VERDICTS DE LA JUSTICE EST -IL UN DELIT? SINON COMMENT COMPRENDRE CET ARCHARNEMENT CONTRE CEUX QUI NE FONT APPLIQUER LA LOI? CETTE DERNIERE EST LE SEUL TRAIT D'UNION QUI EXISTE ENTRE UN PEUPLE. MR SOULEY NE VOUS CACHEZ DERIERE DES EMBITIONS INNAVOUEES POUR ACCOUCHER VOTRE ETAT D'AME. TENTEZ D'ETRE IMPARTIAL.
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0 #14 Momo 26-06-2018 16:11
Imaginons que ça soit Hama qui pose ses genres d'actes. Apparement il existe nigérien et nigérien
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+1 #15 Momo 26-06-2018 16:11
Imaginons que ça soit Hama qui pose ses genres d'actes. Apparement il existe nigérien et nigérien
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-2 #16 balla ayou 27-06-2018 08:36
Ca reste toi adji on te deporte a madama
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0 #17 balla ayou 27-06-2018 08:37
Ca reste toi
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0 #18 HAMADOU MAMODOU KOURA 27-06-2018 11:17
BALLA AYOU TU NE MERITES PAS DE FIGURER SUR CETTE PLATEFORME DE DEBATS D'IDEES .QUE TES INTENTIONS TE SUIVENT;
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