Niger : 12 milliards d’avoirs illégaux recouvrés en un an par la COLDEFF, portant le butin total à 74 milliards de F CFA

Le Bureau de la Commission de Lutte contre la Délinquance Économique, Financière et Fiscale (COLDEFF) a présenté, ce mercredi 05 août 2026, au Palais de la Présidence, le bilan de ses activités au Président de la République, le Général d’armée Abdourahamane Tiani. Au sortir de la rencontre, qui s’est déroulée en présence des membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le président de l’institution a indiqué qu’à la date du 05 août 2026, le montant total des avoirs illégaux recouvrés dépasse désormais 74 milliards de F CFA, contre 63 milliards à la même période en 2025, soit un gain de 12 milliards de F CFA en numéraire sur la période. Selon le patron de la Commission en charge de l’opération « mains propres » de la Refondation, le Colonel des Eaux et Forêts Zennou Aghali Moussa, au cours de l’audience, le Chef de l’État a exhorté les membres de la COLDEFF à poursuivre avec force et engagement la mission de recouvrement des avoirs dissipés, tout en respectant la dignité des personnes mises en cause, l’objectif de la COLDEFF n’étant pas d’envoyer les gens en prison.
Pour ceux qui se demandaient où est passée la COLDEFF, la voilà enfin qui réapparaît sur les radars de l’actualité ! Les membres du bureau national de la Commission de Lutte contre la Délinquance Économique, Financière et Fiscale (COLDEFF) ont été reçus ce mercredi en audience par le Chef de l’État, à qui ils ont présenté le bilan de leurs activités.
Il s’agit principalement du recouvrement des avoirs de l’État conformément aux missions assignées à la Commission.
Selon les données présentées, à la date du 16 août 2025, le montant global recouvré s’élevait à 63 808 497 269 F CFA en numéraire, auxquels s’ajoutaient plus de 5 milliards de F CFA en biens immobiliers.
Un an plus tard, au 05 août 2026, le montant total recouvré dépasse désormais 74 milliards de F CFA. Cela représente un gain de 12 milliards de F CFA en numéraire sur la période, sans prise en compte de dations ni de biens immobiliers.
Des sanctions pécuniaires pour les mis en cause
Selon le cabinet de la Présidence, le Chef de l’État a, au cours de cette audience, salué le travail accompli et donné des instructions claires au Bureau de la COLDEFF.
Il les a exhortés à poursuivre avec force et engagement la mission de recouvrement des avoirs dissipés, tout en respectant la dignité des personnes mises en cause.
Il a également tenu à rappeler la philosophie de la Commission : « L’objectif de la COLDEFF n’est pas d’envoyer les gens en prison. La sanction de la COLDEFF est la sanction pécuniaire ».
Cette mise au point du Général Tiani a le mérite de clarifier désormais les choses et de dissiper ainsi tout malentendu sur les prérogatives de la COLDEFF.
Pour rappel, la COLDEFF a été instituée par ordonnance présidentielle en septembre 2023 et est composée de 35 membres nommés par décret pris le 1er novembre dernier par le Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et Chef de l’État. Elle a pour mission la lutte contre la corruption, l’impunité, le détournement des biens publics et la mauvaise gouvernance.
Disposant de tous les pouvoirs nécessaires pour mettre en œuvre les orientations du CNSP et du Gouvernement relatives à la lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale, dans le respect des lois et règlements de la République, « la COLDEFF constitue une réponse aux attentes légitimes du peuple nigérien à la justice, avec pour mission principale le recouvrement de tous les biens publics illégalement acquis et/ou détournés », a expliqué le communiqué portant sa création.
Trois ans après, force est de constater que la COLDEFF est l’une des institutions de la Refondation qui cristallise toutes les critiques des citoyens par rapport à son bilan, que beaucoup qualifient de « maigre » au regard des avoirs illégaux recouvrés. Des soupçons qu’amplifient la totale opacité avec laquelle l’institution travaille, car, mis à part le bilan annuellement présenté au Chef de l’État, aucune information sur les dossiers traités, l’ampleur des scandales ou l’identité des mis en cause n’a jamais été divulguée. Un déficit de transparence, mais aussi de moyens d’action, qui n’incombe pas au seul bureau de l’institution, qui doit visiblement composer avec les directives imposées par les textes relatifs aux missions qui lui sont assignées.
C’est ce qu’a d’ailleurs tenu à expliciter le patron de la COLDEFF, le Colonel des Eaux et Forêts Zennou Aghali Moussa, qui a succédé, en 2025, au premier président nommé lors de la création de l’institution, le Colonel de la gendarmerie nationale Abdoul Wahid Djibo.
Pour de nombreux Nigériens, au regard des nombreux scandales financiers qui ont émaillé la gestion de l’État ces dernières années, la COLDEFF aurait pu faire mieux pour faire rentrer l’État dans ses droits. Et c’est surtout la procédure devant la juridiction qui est fortement contestée car, de l’avis de certains analystes et même des ONG de promotion de la bonne gouvernance, l’absence de véritable procès, avec les peines qui vont avec pour les coupables, enlève toute vertu pédagogique à cette démarche de lutte contre la corruption et les infractions assimilées. Ce qui est de nature à enlever toute crédibilité aux efforts pour la transparence, la reddition des comptes ainsi que la fin de l’impunité dans la gestion des affaires publiques que prône le CNSP dans la dynamique de la Refondation.
Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)


