79e Assemblée Générale des Nations Unies : le Niger affirme sa souveraineté et appelle à promouvoir une solidarité internationale plus équitable

À l'occasion du débat général de la 79e session ordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies, Son Excellence Bakary Yaou Sangaré, Ministre des Affaires étrangères du Niger, a prononcé, ce lundi 30 septembre 2024 à New York, un discours fort, réitérant l’engagement du Niger à défendre sa souveraineté et à promouvoir une solidarité internationale plus équitable. Cette 79e session de l'Assemblée Générale des Nations Unies placée sous le thème "Ne laisser personne pour compte: agir ensemble pour la paix, le développement durable et la dignité humaine pour les générations présentes et futures", le ministre a livré une allocution sans concessions, dénonçant l’injustice et le manque de soutien réel pour les pays en développement.
Un appel à la justice et à la solidarité
Dès l’entame de son discours, M. Sangaré a souligné l’injustice subie par le Niger lors de la précédente session, où le Niger a été privé de la parole, malgré des situations similaires accordées à d'autres États. Cette "politique de deux poids deux mesures" a, selon lui, entamé la crédibilité des Nations Unies. Il a profité de cette plateforme pour saluer la participation de la Palestine à cette session, rappelant le soutien indéfectible du Niger à la cause palestinienne et appelant à une solution à deux États comme unique voie pour instaurer la paix durable au Moyen-Orient.
Des critiques virulentes envers les pays riches
Le ministre a ensuite abordé la question des laissés-pour-compte dans un monde marqué par les inégalités croissantes. "Nous nous réunissons trop et agissons peu", a-t-il déploré, critiquant le manque d'action concrète pour soutenir les pays pauvres.
Les pays pauvres « lisent l’heure », pour ne pas dire s’enfoncent dans la galère ; les riches s’en mettent plein les poches avec nos ressources, continuent de soutenir des régimes corrompus et inféodés qui truquent les élections, confisquent le pouvoir et plongent leurs peuples dans la misère totale. Pendant ce temps, la communauté internationale se mure dans un silence complice qui traduit une fois de plus la politique de deux poids deux mesures. Dans ce contexte, que représente alors le Pacte pour l’avenir que nous venons d’adopter ? Un vœu pieux ? Une nouvelle diversion ? Ou alors de la poudre aux yeux des pays pauvres ? Au Niger, nous ne nous faisons plus d’illusions, notre conviction est faite. Les pays riches n’ont aucune volonté d’aider ceux du Sud à sortir de la pauvreté.
Le ministre Sangaré a dénoncé l'exploitation continue des ressources africaines par les grandes puissances, soutenant des régimes corrompus et condamnant les pratiques de la communauté internationale, accusée de maintenir un silence complice.
Réforme des Nations Unies et plaidoyer pour l’Afrique
Fustigeant le manque de réformes au sein des Nations Unies, le ministre nigérien a rappelé que le continent africain est le seul à ne pas disposer de siège permanent au Conseil de sécurité. Il a exhorté les États membres à ne plus compter sur les grandes puissances pour corriger cette injustice, appelant l’Afrique à s’unir pour imposer cette exigence de justice.
« Le Conseil de sécurité, garant de la paix et de la sécurité dans le monde, continue d’être la chasse gardée des cinq membres permanents. Malgré leurs professions de foi répétées à chaque session, ces membres maintiennent le statu quo et refusent d’accorder de sièges permanents à l’Afrique, le seul continent qui n’en dispose pas. Cela démontre que la démocratie, tant prônée comme valeur universelle, s’arrête aux portes du Conseil de sécurité ».
La Confédération des États du Sahel (AES) : Une nouvelle géopolitique
Le ministre a également mis en lumière la nouvelle Confédération des États du Sahel (AES), constituée de la coopération renforcée entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Créée en réponse à la crise sécuritaire persistante dans la région, l’AES incarne un modèle d'intégration régionale centré sur la sécurité, la diplomatie et le développement. Saluant les succès militaires de cette alliance face aux groupes terroristes, il a dénoncé les tentatives de déstabilisation externes, notamment celles de la France, accusée de soutenir indirectement les forces terroristes dans la région.
Appel à un partenariat gagnant-gagnant pour le développement, le ministre rejette l’aide conditionnée et défend la souveraineté nationale
Sur le plan national, M. Sangaré a réaffirmé l’engagement du Niger à gérer ses ressources naturelles de manière souveraine et à établir des partenariats avec les investisseurs étrangers sur la base du principe du "gagnant-gagnant". Le ministre a précisé que cette approche vise à garantir le développement économique et social du pays, tout en respectant la dignité des populations.
Face à la tribune internationale, le ministre a lancé un appel vibrant aux peuples laissés pour compte et exploités : « Ce n’est pas aux pays nantis de nous trouver des solutions. J’affirme que ces solutions sont en nous. Elles consistent au renoncement à l’aide mendiante et avilissante, pour un partenariat digne dans lequel nos ressources naturelles seront payées à leur juste prix et les gains investis au profit de nos populations ». Il a ajouté que le Niger gère sur ses fonds propres les dégâts et la crise humanitaire causés par les inondations dévastatrices qui ont frappé le pays cette année. « Nous n’avons pas besoin de leçon de démocratie », a-t-il martelé, soulignant que les véritables priorités sont « les intérêts, les choix et les aspirations de nos vaillants peuples ».
Le ministre a également repris les mots du Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), Son Excellence le Général de Brigade ABDOURAHAMANE TIANI, en affirmant : « Aucun État, aucune organisation interétatique ne dictera à mon pays la conduite à tenir, encore moins son agenda en matière de partenariat stratégique ou diplomatique ».
Face au terrorisme, le Niger rejette le soutien ukrainien et dénonce la stratégie de recolonisation de la France
Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères du Niger, Son Excellence Bakary Yaou Sangaré, a souligné la gravité de la crise sécuritaire qui ravage la région du Sahel depuis plus d’une décennie, menaçant la paix internationale et la stabilité des États de la région. Il a rappelé que, sous le leadership des Présidents du Niger, du Mali et du Burkina Faso, l’Alliance des États du Sahel (AES) a été fondée le 16 septembre 2023, en vertu de la Charte du Liptako-Gourma. Cette alliance vise à relever ensemble les défis sécuritaires grâce à une coordination militaire renforcée.
« Nous saluons la création de la Force unifiée de l’AES, ainsi que les succès militaires déjà obtenus sur le terrain », a affirmé le ministre, rendant hommage aux victimes civiles et militaires des violences au Sahel.
Il a également évoqué le sommet historique de Niamey du 6 juillet 2024, au cours duquel l’AES s’est transformée en Confédération, fondée sur trois piliers : Défense/Sécurité, Diplomatie et Développement. Cette nouvelle structure stratégique vise à l’intégration et à la protection des ressources naturelles abondantes de la région, ressources qui sont l’objet de convoitise de certaines puissances occidentales.
« Nous condamnons fermement ces puissances qui arment et financent les groupes terroristes pour déstabiliser nos pays. Le Niger rejette catégoriquement toute forme de soutien au terrorisme, y compris le soutien revendiqué par l’Ukraine à la coalition terroriste qui a attaqué la localité de Tinzawaten au Mali », a déclaré le ministre.
M. Sangaré a également dénoncé les actions subversives de la France, qu’il a accusée de soutenir activement les groupes terroristes au Sahel, et de violer les conventions internationales en offrant asile à certains acteurs locaux dans ses emprises diplomatiques. « Malgré ces tentatives de déstabilisation, la dynamique de l’AES est inébranlable. La caravane de l’AES passe, et rien ne saurait l’arrêter », a-t-il déclaré avec force.
Le ministre a réaffirmé que la Confédération des États du Sahel joue désormais un rôle clé sur la scène géopolitique internationale, dans le respect de la souveraineté de ses membres et de leur libre choix de partenaires. Citant le Colonel Assimi Goïta, il a conclu : « Nous restons ouverts à la coopération avec les peuples frères et amis, dans un esprit de fraternité et de respect mutuel ».
Un message d’espoir et de détermination
Le ministre a conclu son allocution en appelant à une solidarité renforcée entre les peuples et en exprimant sa gratitude aux pays qui soutiennent le Niger dans son processus de refondation, parmi lesquels le Burkina Faso, le Mali, la Russie, et la Chine. "Malheur aux laissés-pour-compte incapables d’affirmer leur dignité", a-t-il déclaré, rappelant la détermination du Niger à ne plus se laisser dicter ses choix par les puissances étrangères.
A.Karim Moumouni (actuniger.com)


