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Le gouvernement nigérien a adopté, vendredi en Conseil des ministres, un nouveau texte encadrant les conditions d'exercice du correspondant de presse et celles d'accréditation des organes de presse étrangers. Selon les autorités, dans un contexte marqué par l'internationalisation des flux d'information, la transformation numérique des médias et les nouveaux défis liés à la désinformation, à la manipulation de l'information et à la protection de la souveraineté informationnelle des États, il est apparu indispensable de doter le Niger d'un cadre réglementaire moderne encadrant l'activité des correspondants de presse étrangers ainsi que les modalités d'accréditation des organes de presse étrangers intervenant sur le territoire national. La nouvelle réglementation va ainsi permettre d’instaurer un dispositif permettant d'identifier les médias étrangers exerçant au Niger, de garantir la traçabilité de leurs activités et de renforcer la responsabilité professionnelle de leurs représentants.

Dans le communiqué publié à l’issue du Conseil des ministres présidé par le Général Tiani, le gouvernement souligne que cette nouvelle réglementation encadrant les conditions d'exercice du correspondant de presse et celles d'accréditation des organes de presse étrangers vise à contribuer ainsi à « concilier la liberté d'informer avec les impératifs de transparence, de responsabilité éditoriale, de sécurité juridique et de préservation de l'ordre public ».

Le texte a été adopté en application de l'article 14 de l'ordonnance n° 2010-35 du 4 juin 2010, portant régime de la liberté de la presse au Niger, ainsi que des dispositions de l'ordonnance n° 2025-29 du 1er septembre 2025, portant missions, composition et modalités de fonctionnement de l'Observatoire National de la Communication (ONC).

Garantir la liberté de la presse, mais aussi les intérêts fondamentaux de l’État

En effet, explique le gouvernement, si la liberté de la presse constitue un principe fondamental garanti, « son exercice doit s'effectuer dans le respect des lois de la République, des exigences de sécurité nationale, de l'ordre public et des intérêts fondamentaux de l'État ».

Or, actuellement, il n'existe pas de réglementation qui détermine les conditions d'accréditation des correspondants de presse étrangers, les droits et obligations qui leur incombent, ni les modalités d'exercice des médias étrangers sur le territoire national. « Cette situation est susceptible de créer une insécurité juridique tant pour les autorités publiques que pour les professionnels concernés », soutiennent les autorités nigériennes pour qui le projet de décret ainsi adopté vise à combler ce vide en instituant une procédure transparente, objective et conforme aux standards internationaux d'accréditation des correspondants de presse.

Selon le gouvernement, le texte clarifie les conditions de délivrance, de renouvellement et de retrait des accréditations, définit les catégories de journalistes concernés, précise les obligations auxquelles ils sont soumis dans l'exercice de leurs activités et organise les modalités de délivrance des cartes professionnelles spécifiques.

La nouvelle réglementation consacre également le rôle de l'Observatoire National de la Communication (ONC) en tant qu'autorité administrative chargée de la régulation des médias, en prévoyant son avis motivé dans la procédure d'accréditation ainsi que la délivrance des cartes de correspondant de presse étrangère et de journaliste étranger de passage. « Il assure ainsi une meilleure coordination entre l'autorité gouvernementale compétente et l'organe de régulation », lit-on dans le communiqué du Conseil des ministres.

Les médias étrangers et leurs correspondants dans le viseur

Si l’intention des autorités est noble en ce sens qu’elle vise à combler un vide juridique et à clarifier les conditions d’exercice des correspondants de presse et des médias étrangers au Niger, il va falloir attendre la publication du texte pour en apprécier la portée.

Il faut dire que l’adoption de ce texte intervient dans un contexte assez difficile pour la presse au Niger et assez critique pour les médias étrangers et leurs correspondants au Niger. Plusieurs journalistes travaillant pour la presse étrangère ont eu maille avec la justice, avec plusieurs mois de détention pour certains, alors que des médias étrangers sont actuellement interdits de diffusion dans le pays.

En mai dernier, l’Observatoire National de la Communication, qui venait juste d’être mis en place par les autorités de la Refondation, a pris une décision portant suspension de la diffusion, sur toute l’étendue du territoire national, de neuf (09) médias étrangers. Il s’agit pour l’essentiel de médias français, dont certains étaient déjà sous le coup de la censure des autorités nigériennes. Le régulateur de la Com reproche à France 24, RFI, l'AFP, TV5Monde, TF1 Info, Jeune Afrique, Mediapart, France Afrique Média et LSI Africa la diffusion de contenus « susceptibles de mettre gravement en péril l'ordre public, l'unité nationale et la stabilité des institutions ».

À l’époque, le Président de l’ONC, le journaliste Ibrahim Manzo Diallo, avait justifié la décision en soulignant qu’elle faisait suite à « la diffusion répétée de contenus et traitements médiatiques susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, la cohésion sociale, la stabilité des institutions républicaines des pays membres de l’AES, ainsi que le moral des Forces de Défense et de Sécurité engagées dans la défense de nos pays », est-il indiqué dans le document signé par le Président Ibrahim Manzo Diallo.

Selon le gendarme nigérien de la communication, « dans le contexte actuel marqué par les défis sécuritaires et les menaces informationnelles, l’ONC rappelle que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des lois de la République, de l’éthique professionnelle et des intérêts supérieurs de la Nation ».

L’Observatoire avait d’ailleurs saisi l’occasion pour appeler l’ensemble des médias nationaux et internationaux, les acteurs du numérique ainsi que les leaders d’opinion à faire preuve « de responsabilité, de professionnalisme et de retenue dans le traitement des questions liées à la sécurité, à la paix sociale et à l’unité nationale », tout en réaffirmant « son engagement en faveur d’un espace médiatique responsable, professionnel et respectueux de la souveraineté nationale ».

Ikali Dan Hadiza
(actuniger.com)



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