lundi 15 août 2022

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Paix et Sécurité dans le Liptako-Gourma : la gestion de la sécurité des frontières au centre d’un atelier d’échanges transfrontaliers à Niamey

Atelier Echanges Transfrontaliers Search for common Ground

Du 22 au 24 juin 2021, Niamey abrite un atelier d’échanges transfrontaliers sur la gestion de la sécurité des frontières de la région du Liptako-Gourma, une initiative de Search for Common Ground en collaboration avec WANEP dans le cadre du Projet visant à améliorer la collaboration entre les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les populations de la zone, financé par la coopération danoise. Pendant trois (3) jours, les participants composés d’acteurs communautaires, de représentants des organisations de la société civile et forces de défense et de sécurité venus du Niger, du Mali et du Burkina vont faire l’état des lieux de la situation et réfléchir sur les voies et moyens permettant une amélioration de la collaboration transfrontalière et de la sécurité aux frontières entre les FDS et les communautés hôtes des trois (3) pays.

C’est un euphémisme de le dire, ces dernières années, le Liptako-Gourma, région frontalière entre le Niger, le mali et le Burkina Faso, est devenu l’épicentre de l’instabilité dans la région du Sahel. Le banditisme et l’extrémisme violent ont profité de la porosité des frontières pour s’implanter dans la région qui est désormais devenu un carrefour pour les trafics illicites de tout genre, les déplacements massifs de populations, les conflits intercommunautaires et des actions menées par des groupes armés et extrémistes violents. La porosité des frontières, la présence limitée ou la faible capacité des services de sécurité et des autorités étatiques ainsi que l’inefficacité des mécanismes de résolution des conflits contribuent à entretenir les rancœurs et les frustrations locales, qui alimentent à leur tour la dynamique conflictuelle régionale. Cette situation a ainsi engendrée un environnement favorable à l’expansion de l’extrémisme et à l’aggravation du banditisme armé aux frontières, catalysé par l’impunité due aux difficultés de fonctionnement des systèmes judiciaires. Les récents évènements tragiques au Niger, au Mali et au Burkina qui se sont traduites par la multiplication des attaques par des Groupes armées non étatiques (GANE) contre plusieurs localités de la zone et ont provoqué d’importantes pertes en vie humaines et des déplacements des populations, illustrent l’ampleur du phénomène et l’état de la dégradation de la situation avec ses impacts négatifs sur les conditions de vie des communautés vivant dans la région.

Une initiative  régionale pour améliorer la collaboration entre les FDS et les populations

C’est dans ce contexte et sur la base des leçons tirées des projets mis en œuvre au Sahel et ailleurs dans le monde, que Search for Common Ground (SEARCH), en collaboration avec le Réseau ouest-africain pour la consolidation de la paix (WANEP), met en œuvre le Projet « Améliorer la collaboration entre les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les communautés du Liptako-Gourma ». L’initiative, financée par le Danemark à travers le programme de coopération DANIDA du ministère danois des Affaires étrangères, vise à établir des relations de confiance mutuelle entre les FDS et les acteurs communautaires afin de renforcer la stabilité et la sécurité dans a zone transfrontalière commune aux trois (3) pays. Le projet vise plus spécifiquement à améliorer la communication et la collaboration et œuvre à la responsabilisation des acteurs de la sécurité pour mettre l’accent sur les avantages mutuels de collaboration entre civils et FDS. Le Projet renforce également les capacités des FDS des trois pays à mieux remplir leur  mandat de protection et à soutenir les efforts de stabilisation menés par les communautés dans les zones transfrontalières.

D’une durée de 26 mois, ce projet régional cible 16 communes transfrontalières qui sont affectées par le conflit et les opérations militaires. Parmi ces 16 communes, 5 communes relèvent des régions de Mopti (Douantza) et Gao (Assongo) au Mali, 5 communes de la région de Tillabéri (Téra et Tillabéri) au Niger, et 6 communes de la région du Sahel (Oudalam et Séno) au Burkina Faso.

Dans le cadre de mise en œuvre du Projet et afin de favoriser les relations de collaboration entre les FDS et les communautés frontalières, Search for Common Ground et WANEP organisent, du 22 au 24 juin 2021 dans la capitale nigérienne, un atelier d’échange transfrontalier sur la gestion de la sécurité aux frontières dont l’objectif est de permettre aux acteurs de réfléchir sur l’amélioration de la collaboration transfrontalière et sécurité aux frontières entre les FDS et les communautés entre le Burkina, le Mali et le Niger.

L’atelier d’échanges transfrontaliers sur la gestion de la sécurité, qui se déroule à l’hôtel Bravia de Niamey, a été ouvert par une cérémonie officielle qui s’est déroulée sous la présidence du Secrétaire général de la région de Tillabéri, Kimba Moumouni Seydou, des autorités administratives et locales, du Directeur régional Afrique de l’ouest de Search for Common Ground, Allassane Drabo , de la Directrice pays Niger-Burkina, Béatrice Abouya, celui du G5 Sahel, le coordinateur de WANEP Niger et des responsables d’institutions de l’Etat des représentants des FDS des 3 pays. On notait également la présence à l’évènement de plusieurs invités parmi lesquels, les représentants des communautés, les leaders traditionnels et religieux, les membres des Comité de Paix et de Sécurité (CPS) ainsi que des représentants des organisations de la société civile du Burkina, du Niger et du Mali parmi lesquels des membres des organisations des femmes et des jeunes.

Atelier Echanges Transfrontaliers Search for common Ground BIS2

Une approche transfrontalière pour des défis transfrontaliers

Dans l’allocution qu’il a prononcée à cette occasion, le Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest de Search for Common Ground a, après avoir souhaité la bienvenue aux participants, situé les enjeux et objectifs de l’atelier. Il s’agit, selon Alassane Drabo, d’un cadre de réflexions et d’échanges qui devrait permettre aux participants de faire l'état des lieux de la sécurité aux frontières et du point de la collaboration transfrontalière entre les pays en matière de gestion de sécurité ; d’identifier les domaines et les actions prioritaires pour améliorer la sécurisation des frontières et la collaboration transfrontalière et, enfin, de capitaliser les expériences et partager les bonnes pratiques en matière de gestion de la sécurité transfrontalière. « J'ai voulu rappeler les objectifs pour montrer à quel point ils s’‘inscrivent en droite ligne des orientations de Search for Common Ground », a-t-il poursuivi, citant d’abord, qu’en terme d’approche, « l'approche transfrontalière est en phase avec celle de la géographie des conflits adoptée par Search dans le cadre de sa stratégie globale ». Selon M. Drabo, « la nature transfrontalière des défis en matière de paix et de cohésion sociale nécessite en effet une approche qui ne se limite plus aux frontières d'un pays donné ; car les causes et les conséquences des conflits actuels dessinent leur propre géographie ; ils débordent les frontières des pays ». C'est pourquoi, a expliqué le Directeur régional de Search, « le Sahel, singulièrement la région du Liptako Gourma constitue l'une de nos géographies de conflit et nous nous réjouissons du fait que ce projet nous permette d’intervenir dans les 3 pays qui constituent cette géographie ». Ensuite, a poursuivi Allassane Drabo, en termes de thématique aussi, l’objet de cette rencontre de Niamey  s‘inscrit dans le cadre de la Stratégie pour le Sahel et a trait particulièrement à l'Objectif 3, qui consiste à transformer la manière dont les Etats répondent aux menaces faites à la sécurité afin qu'ils collaborent avec les acteurs locaux et s‘attaquent aux causes profondes des confits, en s‘appuyant sur les trois piliers qui consistent à faciliter les relations de travail nationales et régionales entre les FDS et les acteurs non étatiques ; à renforcer les relations entre les FDS et les membres des communautés au niveau local et, à travailler avec les gouvernements pour promulguer des politiques et institutionnaliser des pratiques qui replacent la sécurité humaine au centre. Enfin, a indiqué M. Drabo, le timing revue de la stratégie globale. « C'est donc un projet qui est véritablement au cœur de notre approche stratégique et c‘est pourquoi, tout comme vous, nous avons des grandes attentes par rapport à cet atelier. Mais au regard de la qualité des participants et de l'engagement de tous, je reste persuadé que des enseignements pertinents sortiront de nos échanges. Je vous exhorte à tirer le maximum de chacune des sessions ; à aller au fond des choses pour permettre à chacun de nous, à chaque entité représentée ici de jouer pleinement sa partition, pour une collaboration plus efficace entre les forces de défense et les communautés du Liptako-Gourma », a déclaré M. Alassane Drabo, qui n’a pas manqué de saisir l’occasion pour remercier toutes les parties représentées à la rencontre « pour leur engagement en faveur d’une paix durable dans le Sahel ».

 La coopération transfrontalière pour faire face aux défis sécuritaires et de développement

En procédant à l’ouverture de l’atelier, le Secrétaire général de la Région de Tillabéri qui représente le Gouverneur,  Kimba Moumouni Seydou, a tenu tout d’abord à réaffirmer l'engagement personnel des plus hautes autorités des trois pays du Liptako-Gourma, « en faveur de la paix, de la sécurité et du développement dans la région du Sahel et dans le continent dans son ensemble ». C’est pourquoi, il a adressé ses vifs remerciements, au nom des autorités et des populations bénéficiaires, à  l'ONG Search for Common Ground, qui a organisé et initié la présente rencontre ainsi qu’à tous les partenaires qui ont contribué à sa réussite, une preuve s’il en est besoin, a-t-il souligné, « d'un partenariat fructueux et chaque jour plus renforcé ».

Le SG de la Région de Tillabéri a par la suite dressé un tableau sombre de la situation qui prévaut dans la région et qui est marquée par l’amplification des menaces sécuritaires, « du fait des exactions des groupes armés non étatiques avec plusieurs violations de droits de l‘homme, des déplacements de populations qui ont par conséquent et de ce fait, un accès limité à l’assistance humanitaire, et cela dans presque tous les départements proches de la frontière avec le Mali et le Burkina Faso ». Selon Kimba Moumouni Seydou, cette situation et ses répercussions négatives sur la vie des populations  compromet les efforts de développement des Etats et constitue un autre défi majeur qui se pose aux autorités.  « Elle confirme bien le lien étroit qui existe entre sécurité et développement », a-t-il ajouté avant de rappeler que depuis 2011, suite aux douloureux évènements intervenus en Libye, « notre espace géographique vit sous la menace constante des groupes terroristes, des organisations criminelles et d'autres forces centrifuges dont le dessein n'est autre que la destruction de nos pays en tant qu’Etats et nations ».

« L’ennemi auquel nous sommes confrontés ne connait pas de frontière. Aussi, nous parait-il judicieux d’envisager entre nos Etats un système de collaboration et de défense plus intégré en conjuguant nos moyens de renseignement et nos capacités opérationnelles car chacun de nos Etats pris isolément ne peut faire face de façon efficace à un ennemi très mobile et opérant sur un théâtre d'opération aussi vaste. L'expérience heureuse d’autres pays à travers l'Afrique doit nous inspirer. Ce parti pris explique aussi que les gouvernements ne soient pas les seuls représentés ici, et qu'il y ait parmi nous des représentants de syndicats, religieux, et d'associations de femmes et des jeunes. Tout cela est très encourageant. Mais nous devons être plus ambitieux. Nous devons utiliser le cadre qu’offre cette rencontre pour réfléchir à tout l'éventail des problèmes transfrontaliers de la région ». M. Kimba Moumouni Seydou, SG du Gouvernorat de la Région de Tillabéri.

Poursuivant son allocution d’ouverture officielle de l’atelier, le SG de la Région de Tillabéri a rappelé des exemples qui démontrent que des affrontements ethniques dans un pays peuvent avoir des répercussions dans un autre pays. « Nous devons donc faire en sorte qu’à l’avenir, aucun Etat n’accepte d'accueillir ceux qui ont semé la violence et fait couler le sang ailleurs, ou qui s'apprêteraient à le faire », a plaidé M. Moumouni Seydou qui a reconnu d’ailleurs, que les autorités ont été souvent incapables d'éviter le déplacement massif d'innocents et de mettre fin aux mauvais traitements infligés aux réfugiés et aux déplacés. « Nous avons vu que la présence d'une importante population de réfugiés, souvent due au conflit ethnique, crée des tensions et est financièrement lourde à porter pour les collectivités d'accueil », a poursuivi le SG Kimba Moumouni Seydou qui a aussi évoqué les tensions liées à la terre, à l'emploi et au statut des uns et des autres que suscite le déplacement des populations d’un pays à un autre. « Nous devons améliorer les conditions de sécurité dans les zones frontières, qui sont en grande partie en proie à l’anarchie, afin de lutter contre le trafic d'armes et le commerce illégal de ressources naturelles », a recommandé le secrétaire général de la région de Tillabéri pour qui, « ces questions, ainsi que d'autres, ne pourront être réglées que moyennant une coopération régionale beaucoup plus étroite, entre des dirigeants déterminés ensemble pour le long terme, plutôt que de se liguer les uns contre les autres ». « Nous sommes donc réunis ici autour d'un dessein commun et d'une vision partagée », a-t-il estimé avant de conclure que, « Nous avons le devoir de mener de front à la fois les actions de développement et celles de protection des frontières, des personnes et des biens ».

Des recommandations et un plan d’actions sur les bonnes pratiques

Après la cérémonie officielle d’ouverture, les travaux de l’atelier se sont poursuivis avec les différents points inscrits à l’ordre du jour. Durant les trois (3) jours de travaux, les participants participeront à plusieurs sessions de travaux de groupes sur des thématiques clés liées à la sécurité aux frontières et la collaboration transfrontalière. Parmi les principaux thèmes qui seront abordés, il y a notamment, l’impact des défis sécuritaires sur le mouvement des populations, la sécurité alimentaire et l’économie locale ; le rôle des communautés locales dans la sécurisation des frontières ; la collaboration entre communautés et FDS et son impact sur la sécurité aux frontières  ainsi que la collaboration transfrontalière entre les FDS des pays qui se partageant la région du Liptako-Gourma et son impact sur la sécurité. Chaque groupe de travail est mixte et pour chaque thématique, les défis seront identifiés sur la base d’un état des lieux de la situation et des recommandations seront formulées pour relever ces défis. A la fin de l’atelier, un plan d’actions sera élaboré sur la base des recommandions formulées au cours des sessions de travail et contiendra les bonnes pratiques en matière de collaboration transfrontalière et de sécurisation des frontières. Le document sera ensuite partagé aux acteurs de la sécurité notamment, les Etats, les acteurs nationaux, la société civile, les organisations nationales et internationales.

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Entretien avec M. Allassane Drabo, Directeur régional Afrique de l’ouest de Search for Common Ground :  « Ce qui nous intéresse, c’est une paix durable à travers le maintien d’un Dialogue permanent »

 Alassane Drabo

Sur quoi porteront vos échanges au cours de cet atelier?

Les échanges porteront sur la gestion de la sécurité au niveau de la région des trois frontières. C'est une thématique qui est pertinente pour toute la sous-région. Les échanges porteront aussi sur un certain nombre d'engagements par les différentes parties qui ont été impliquées, donc ça nous permettra de faire le point et surtout de partager les leçons apprises.

L'atelier a été étalé sur trois journées. Quel sera la suite pour maintenir le dialogue ?

L'atelier va durer 3 jours, mais c'est une consultation permanente qui se poursuivra aussi au-delà de 3 jours que nous allons passés ici. Le dialogue, c'est quelque chose de très important, que nous veillons à maintenir.

Vous avez parlé de stratégie dans votre discours, s'agit-il de nouvelles stratégies ou des anciennes ?

J'ai fait référence à 2 stratégies précisément dans mon discours. La première c'est la stratégie décennale de Search : C'est une stratégie globale qui est mise en œuvre depuis maintenant 3 ans.

J'ai parlé aussi de la stratégie qui concerne spécifiquement la région du Sahel, qui elle est relativement récente et qui est en cours de socialisation actuellement.

J'ai donc voulu montrer l'ancrage du projet dans le cadre duquel se tient l'atelier de cette semaine dans cette stratégie.

 

Nous savons que ce projet a émis en œuvre dans trois pays dites-nous pourquoi ce projet ?

Ce projet est très pertinent. Tout d'abord c'est en réponse au contexte qu'il a été élaboré. Il a été élaboré aussi de manière très inclusive, c'est qui a permis de recueillir différentes perspectives et je pense qu'il est ressorti aujourd'hui  clairement des discussions que nous avons eues en tout cas pour ce qui concerne la session préliminaire que tous les participants se reconnaissent dans les orientations qui ont été prises.

Ce projet est mis en œuvre pour un certain nombre d'années, cependant le besoin est vraiment réel sur le terrain, avez-vous pensé à une pérennisation de ce projet ?

La continuité, c'est quelque chose d'important. Nous avons affaire à un projet de 2 ans à peu près, nous pensons déjà à la suite. Des ateliers comme celui en cours permettent justement d'identifier des pistes sur la base desquelles on pourra construire la suite qu'on voudra donner à ce projet. J'en profite de l’occasion pour remercier au passage la coopération danoise qui nous accompagne dans le cadre de ce projet et de lancer un appel à la communauté des bailleurs pour faire en sorte que les efforts qui sont en train d'être déployés puissent être soutenus de manière à ce qu'on puisse atteindre des résultats durables car ce qui nous intéresse, c'est une paix durable.

A.K.Moumouni (actuniger.com)

 

 

 



Commentaires  

+2 #1 Hum 23-06-2021 18:20
Le Mali se libère et on transfère les n importes quoi au Niger là où un toutou a été nommé par Ledrien contre le gré du peuple nigérien.
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