samedi, 16 janvier 2021
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Issa Seyni

Dans le cadre de la célébration de l’édition 2020 de la Journée Mondiale de l’Enfance,  célébrée le 20 novembre de chaque année, actuniger en collaboration avec UNICEF Niger, a décidé de laisser les commandes de sa rédaction à des enfants afin qu’ils réinventent le monde à leur manière. C’est ainsi que la rédaction d’actuniger a accueilli des élèves, des « journalistes en herbe »,  durant quelques jours et leur a donné l’occasion de se mettre dans la peau d’un reporter. Pour la rédaction de son article, Abdoul Aziz Gabèye, 17 ans et élève en classe de 3e dans un établissement de la capitale,  a décidé, les B.A.BA du métier assimilés comme une leçon, de consacrer un reportage à la situation des enfants du camp des sinistrés de Gamou, sur la rive droite du fleuve Niger à Niamey, où sont relogés depuis quelques mois, les victimes des dernières inondations du quartier Harobanda du 5e Arrondissement. «C’est ma façon de leur venir en aide car j’ai beaucoup d’amis là-bas et il faut vraiment qu’on parle de leur situation pour qu’ils ne soient pas oublier à leur terrible sort », concède-t-il, avec plein d’amertume. C’est là qu’il a rencontré, Abdou Issa, 16 ans et également élève comme lui, qui réside avec sa famille sur le site depuis quatre (4) mois. L’entretien qui s’est déroulé en présence du père de l’enfant  a été par la suite édité, comme tout article, par la rédaction d’actuniger selon le circuit normal.

Présentez-vous à nos lecteurs… 

Je m’appelle Abdou Issa. J’ai 16 ans et je suis élève en classe de 3e au CSP de Harobanda. J’habitais dans le quartier Zarmangandey de Niamey jusqu’en août dernier mais dans la nuit du 17 au 18 août dernier, notre maison s’est effondrée comme beaucoup d’autres du quartier suite au débordement des eaux du fleuve du Niger. Avec ma famille, nous avons du nous installer dans une école mais avec la rentrée, on nous a relogés ici sur ce site de sinistrés du camp Gamou au quartier Saguia, avec beaucoup d’autres familles dont beaucoup d’enfants et de jeunes comme moi. 

Depuis quand vous résidez sur ce site et comment se passe la vie ici ?

Nous sommes ici depuis bientôt quatre mois. Regardez-vous-mêmes, c’est quelle vie ont peut faire dans cet endroit vraiment moche où les conditions sont très difficiles surtout pour les enfants mais aussi pour nos parents. Il commence déjà à faire froid et comme vous le voyez, nous vivons dans des tentes. C’est sur des nattes que nous dormons dans ces abris de fortune et c’est très difficile de dormir car à chaque réveil, mon corps me fait mal. Sincèrement, je ne me sens pas bien ici comme c’est le cas pour tout le monde. Ce n’est pas comme quand on vivait dans notre propre maison dans le quartier qui m’a vu grandir et ce n’est pas un lieu pour y vivre. On nous dit d’ailleurs tout le temps que c’est juste pour quelques jours ou semaines mais cela fait déjà des mois que nous sommes ici. Ce n’est pas une vie qu’on mène dans ce camp mais on essaie plutôt de survivre et compter les jours passer car ici il n y a que des sinistrés qui ont tout perdu.

Quelle est la différence avec le quartier où tu habitais avant?

Je ne me retrouve pas du tout comme au moment où j’étais dans notre propre maison au quartier Zarmangandey. L’endroit est très éloigné de la ville. Regardez ceux qui partent au travail et surtout nous qui partions à l’école, nous parcourons des longues distances ce qui fait que chaque jour, nous arrivons en retard. Il nous faut marcher pendant presque une heure de temps pour arriver dans notre école et pour revenir c’est la même chose avec tous les risques.

Vous êtes arrivés ici dans un contexte particulier avec la maladie à coronavirus. Qu’est ce que tu penses de cette pandémie et est ce que vous respectez les mesures barrières ?

Il y a eu beaucoup de cas même ici au Niger dont des décès et l’année dernière, les écoles ont été fermées et le couvre-feu a été instauré dans toute la ville de Niamey qui est la capitale du Niger. C’est donc vraiment sérieux mais vous savez, c’est dans l’urgence que nous avons été obligés de déménagés avec nos familles. On logeait dans des classes avec beaucoup d’autres familles avant notre arrivée sur ce site des sinistrés, ce qui fait que ça a été difficile de respecter les mesures qu’on nous a appris à l’école où qui passe à la télé et dans les radios pour lutter contre la maladie. Mais depuis que nous sommes ici, ça va un peu mieux on peut dire même s’il y a beaucoup de risques. 

Est-ce qu’il y a la sensibilisation pour le respect des mesures barrières afin de prévenir la maladie?

Des agents de santé viennent de temps en temps nous sensibiliser sur le respect des mesures barrières pour qu’il n’y ait pas de cas de corona sur ce site. On nous distribue aussi  des bavettes et du gel hydro alcooliques et je pense que c’est très utile. Si cette maladie arrive ici, ça sera très grave, vu les conditions de promiscuité dans lesquelles nous vivons car c’est tout le monde qui va attraper la maladie.

Qu’est-ce qui vous manque depuis que vous êtes dans ce quand ?

Beaucoup de choses me manquent ici, mes amis du quartier dont j’ai perdu de vue beaucoup d’entre eux, mes amis avec lesquels nous jouons les weekends et aussi dans les après-midi. Mon ancienne école me manque. Ici, je souffre de la distance que je parcours pour aller à l’école chaque matin et des conditions de vie.

Le 20 novembre de chaque année est célébrée la Journée mondiale de l’enfance. Est-ce que tu penses que vos droits en tant qu’enfants sont respectés surtout dans ce camp?

A partir du moment où nos parents n’ont presque rien et que nous dépendons des aides du gouvernement, des ONGs, des sociétés et des bonnes volontés, je peux dire que plus ou moins. Ici, par exemple, nous ne mangeons pas ce que nous voulons, mais ce que nous trouvons ou ce qu’on nous donne. Nous sommes sous assistance et pour le moment, on s’occupe plus de nous. Je sais que la situation est plus difficile pour les autres enfants de l’intérieur du pays où il y a aussi les attaques armées et les écoles sont fermées mais nous ne pouvons jouir pleinement de nos droits qu’une fois que nous quittons ce lieu.

Quel appel avez-vous alors à l’endroit des autorités?

J’en appelle aux autorités de trouver des parcelles à nos parents, afin que nous puissions quitter cet endroit. Dans ce camp, nos conditions de vie sont très précaires. Je n’arrive pas à m’habituer à cet endroit qui est loin de la ville et de mon école et je suis un candidat.

Dernière question, comment tu envisages ton avenir et celui du pays et du monde ?

Je veux d’abord réussir mes études car c’est la clé du succès. On ne sait pas ce qui va arriver demain comme c’est le cas pour nous qui du jour au lendemain, on s’est retrouvé comme sinistrés sans presque rien. Mais la vie continue et il faut garder espoir et j’ai l’espoir que cela va changer grâce à Dieu. Même pour le pays vous voyez que ça change, ça évolue malgré tout donc je continue à garder espoir et comme on dit, l’espoir fait vivre et c’est ce qui nous fait vivre ici et prendre notre mal en patience.

Cette initiative a été rendue possible grâce à l’appui du Gouvernement du Japon.

Entretien réalisé par Abdoul Aziz Gabèye,  17 ans, élève en classe de 3ème pour actuniger

 

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