Algérie-Mali : après Niamey, Alger entame le dégel avec Bamako
Après plus de quinze (15) mois de brouille diplomatique amplifiée par des échanges verbaux assez acerbes, l’Algérie et le Mali ont décidé de fumer le calumet de la paix et d’amorcer une redynamisation de leurs relations bilatérales. Le vendredi 10 juillet, après un surprenant échange téléphonique entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et le Général Assimi Goïta, les deux pays ont annoncé le retour respectif de leurs ambassadeurs rappelés au plus fort moment de la crise et la réouverture de leurs espaces aériens. Une « paix des braves » qui intervient après la normalisation entamée par Alger avec Niamey et qui laisse certes, pour le moment, des enjeux stratégiques et des accusations réciproques au cœur de la brouille diplomatique en suspens...
La diplomatie a parfois ses raisons que même le bon sens ignore, car la géopolitique impose parfois des réalités que nul État ne saurait occulter, ne serait-ce que pour la sauvegarde de ses intérêts immédiats. L’Algérie et le Mali viennent encore d’en faire la démonstration de ce sacro-saint principe diplomatique, en vertu duquel rien n’est impossible et surtout qu’il ne faut jamais dire non dans un litige entre États.
Vendredi dernier, les deux pays voisins ont annoncé la redynamisation de leurs « relations de coopération et d'amitié », à la suite d’un échange téléphonique entre les chefs d’État malien et algérien. Cette annonce assez surprenante, vu qu’il y a quelques semaines encore le torchon brûlait entre Alger et Bamako, a commencé par des signaux d’apaisement envoyés par les deux pays.
Les autorités algériennes ont été les premières à annoncer la réouverture de leur espace aérien national au Mali avant de décider, sur instructions du président Tebboune, selon le communiqué officiel, du retour de l’ambassadeur en poste à Bamako.
Parallèlement, le gouvernement malien de transition s’est également fendu d’un communiqué officiel dans lequel Bamako annonçait à son tour le retour à Alger de l'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Mali accrédité auprès de la République algérienne démocratique et populaire (RADP), ainsi que la réouverture de l'espace aérien national à l'ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie.
Après la brouille, le dégel
Après plus d’un an de brouille diplomatique, le dégel entre Alger et Bamako est venu de la levée réciproque des restrictions instaurées en avril 2025, au plus fort de la brouille diplomatique entre les deux pays. Une brouille diplomatique qui s’est, par ricochet, répercutée sur les deux autres pays de la Confédération AES, le Niger et le Burkina Faso, qui se sont solidarisés avec leurs alliés.
Ces signaux forts envoyés de part et d’autre ont été une vraie surprise, car rien n’annonçait que des négociations étaient en cours entre Alger et Bamako, malgré la reprise des relations entamée en début d’année entre les autorités nigériennes et algériennes, sans que le Mali ne daigne dire mot ! En février dernier d’ailleurs, Bamako avait officiellement démenti les informations annonçant un retour imminent de son ambassadeur à Alger. À l’époque, les autorités maliennes avaient même affirmé qu’aucune évolution officielle ne permettait de parler d’une normalisation, et la crise avait continué à s’envenimer avec des échanges verbaux assez acerbes et des accusations graves à tout va et, à chaque fois que l’occasion se présentait, entre les autorités des deux pays.
Pour rappel, les tensions diplomatiques entre les deux pays voisins avaient commencé à s’aggraver à la fin de l’année 2023, avec l’accueil réservé par Alger à certains opposants aux autorités maliennes, notamment le très influent imam Mahmoud Dicko, ce qui a été perçu par Bamako comme une ingérence dans ses affaires intérieures. D’autant que, parallèlement, les services maliens voyaient dans la main d’Alger le soutien à certains groupes indépendantistes touaregs, notamment le Front de libération de l’Azawad (FLA), ainsi qu’à des chefs terroristes comme Iyad Ag Ghali du JNIM (GSIM/Al-Qaïda), que l’on disait installé dans la zone frontalière entre les deux pays.
En janvier 2024, Bamako avait enfoncé le clou avec la dénonciation de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, au grand dam de l’Algérie, qui était alors le principal pays médiateur dans la crise du Nord-Mali.
La méfiance s’était installée entre les autorités des deux pays et avait fini par dégénérer en crise diplomatique ouverte après la destruction d’un drone militaire malien dans la zone de Tinzaouatène, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Un geste assumé officiellement par Alger, qui soutenait que l’appareil avait pénétré son espace aérien, ce que Bamako rejetait avec ses propres arguments qu’elle a fini par exposer devant la Cour internationale de Justice (CIJ).
Le Mali avait alors rappelé son ambassadeur, suivi par le Burkina Faso et le Niger, avant que l’Algérie ne prenne les mêmes mesures de rétorsion, qui se sont amplifiées avec la fermeture réciproque, le 7 avril 2025, des espaces aériens au trafic des aéronefs à destination ou en provenance des deux pays.
Depuis, c’est à coup de communiqués et de déclarations que les deux pays réglaient leurs différends, en dépit de l’amorce d’une détente entre Niamey et Alger.
Après Niamey, Alger normalise ses relations avec Bamako
Cette décision du 10 juillet constitue un premier geste d’apaisement entre Alger et Bamako et, désormais, les autorités des deux pays disposent d’un canal diplomatique pour envisager la suite des événements avec plus de sérénité.
En début d’année, Alger avait déjà entrepris le même rapprochement avec Niamey et, par la suite, le dégel avait suivi avec, en toile de fond, un nouvel élan donné à la coopération entre les deux pays également voisins, avec notamment la visite officielle effectuée mi-février par le Président nigérien, le Général Abdourahamane Tiani, à Alger, à l’invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune.
Dans la même lancée, les contacts ont également été repris entre les autorités algériennes et burkinabè.
Le dégel en vue entre Bamako et Alger met ainsi fin à une brouille diplomatique qui n’a que trop duré et a surtout beaucoup coûté à la stabilité et à la coopération régionale. Désormais, c’est une autre étape cruciale qui s’ouvre, celle de la normalisation.
Les détails des négociations ainsi que les conditions qui ont permis d’aboutir à cette normalisation ne sont pas encore connus et, pour l’essentiel, les questions qui ont été à la base et au cœur de la brouille restent encore non élucidées. Les prochains jours permettront d’en savoir davantage sur les circonstances et les conséquences de cette « paix des braves » qui va assurément changer la donne des enjeux géopolitiques et stratégiques en cours au Sahel et au Sahara…
A.Y. Barma (actuniger.com)



