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manifestation contre le president togolais

Une coalition de l’opposition, qui boycotte les législatives prévues le 20 décembre, avait appelé à des manifestations pour exiger l’arrêt du processus électoral.

Deux personnes ont été tuées à Sokodé, fief de l’un des principaux partis d’opposition, dans le centre du Togo, lundi 10 décembre, portant le bilan à au moins quatre morts depuis samedi, journée de violences entre les forces de sécurité et partisans de l’opposition.

 

La première victime, « Seidou Salissou, 32 ans, électricien dans le bâtiment et père d’un enfant », est morte d’une blessure par balle dans la matinée, selon Aimé Adi, représentant d’Amnesty International pour le Togo. « Notre collègue est sur place. Le corps a été envoyé à l’hôpital. On a contacté le procureur pour que le corps soit examiné par un médecin », a-t-il précisé.

 « Ce matin [lundi], les militaires ont bloqué toutes les rues et ont demandé aux enfants de rentrer chez eux, raconte Ouro Akpo Tchagnaou, un député de l’opposition. Un jeune a été tué par balle. »Un témoin de la scène a confirmé à l’AFP que l’homme a été abattu alors qu’il était sorti de chez lui. « La situation est vraiment tendue, raconte un habitant sous couvert d’anonymat. Rien ne bouge. Les militaires dispersent tout rassemblement et les jeunes dressent des barricades dans les rues pour empêcher les militaires de venir en ville. »

« Bastonné et jeté dans le feu »

Un peu plus tard dans la journée de lundi, une autre personne, Kpelafia Abdould Tchagouni, 36 ans, a succombé à une bastonnade par les forces de sécurité. « Il a été bastonné et jeté dans le feu » dans le quartier de Kouloundé, a expliqué à l’AFP un habitant de Sokodé. « Nous pouvons confirmer cette deuxième victime », a fait savoir Amnesty International, confirmant la mort par « bastonnade ». « Il a été récupéré par ses parents », selon l’ONG de défense des droits humains.

Ce nouveau bilan porte à au moins quatre morts le nombre de personnes tuées depuis samedi. Les violences avaient déjà fait au moins deux morts selon les autorités, trois selon l’opposition, à Lomé. Quatre membres des forces de l’ordre ont été blessés et 28 manifestants interpellés, a ajouté le gouvernement dans un communiqué publié samedi soir.

Le Mouvement des forces vives espérances, un grand regroupement d’organisations de la société civile, dont le Front citoyen Togo debout, a réagi en déclarant que la situation était « inacceptable ». « Nous demandons à tous les citoyens togolais qui cherchent véritablement la paix d’entrer en résistance contre ce régime parce qu’il veut organiser des élections sans avoir effectué les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales » nécessaires, a déclaré Abra Aïcha Atchana lors d’une conférence de presse à Lomé.

« Silence » de la Cedeao

Plusieurs rendez-vous pacifiques sont prévus au cours des prochains jours, dont « un grand rassemblement citoyen pour la résistance », dimanche 16 décembre à Lomé. Ces manifestations interviennent après un an de crise politique et l’échec des négociations entre le pouvoir et l’opposition, sous l’égide de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). « La Cedeao brille par son silence, qui ressemble à de la complicité ou du moins à de la compromission », a ajouté Mme Atchana.

La coalition de quatorze partis d’opposition boycotte les prochaines législatives, prévues le 20 décembre, dénonçant des « irrégularités »dans leur préparation, et avait appelé à des manifestations pendant une dizaine de jours à partir de samedi pour exiger l’arrêt du processus électoral. Ces manifestations ont été interdites par le gouvernement, qui a évoqué le « risque très élevé de troubles graves à l’ordre public », alors que la campagne électorale a démarré mardi dernier.

Le pays traverse une grave crise politique depuis plus d’un an, avec des manifestations massives pour réclamer la démission du président Faure Gnassingbé. Ce dernier a succédé en 2005 à son père, qui avait dirigé le Togo d’une main de fer pendant trente-huit ans.

 

 

Le Monde

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