Lutte contre la traite des personnes : les acteurs échangent pour renforcer la mobilisation et une réponse coordonnée au fléau

L’Hôtel Bravia de Niamey a abrité, ce lundi 21 septembre 2026, un atelier d'échanges entre les acteurs intervenant dans le domaine de la lutte contre la traite des personnes, organisé par l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des personnes (ANLTP) avec le soutien de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM Niger). Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Semaine de mobilisation et d'activités organisée autour de la Journée internationale de lutte contre la traite des personnes, célébrée le 28 septembre de chaque année. Tout au long de cette semaine, l'OIM se tient aux côtés de l'ANLTP et de l'ensemble des acteurs engagés afin de contribuer à renforcer la sensibilisation, le dialogue, la coordination et la mobilisation autour de cet enjeu majeur. Cette mobilisation qui s'inscrit dans la mise en œuvre des programmes COMPASS et RDPP/NA, avec le soutien de plusieurs partenaires, notamment le Royaume des Pays-Bas, l'Italie et l'Union européenne (UE), traduit l’engagement continu au Niger de l’OIM, qui accompagne depuis plusieurs années des initiatives visant notamment à renforcer les capacités des acteurs, améliorer les mécanismes de protection et de référencement et favoriser une assistance adaptée aux personnes victimes de traite.
C’est le Secrétaire général adjoint du ministère de la Justice et des Droits de l'homme, M. Sahirou Tchida Moussa, qui a présidé la cérémonie officielle d’ouverture de l’atelier national d’échanges multi-acteurs sur la lutte contre la traite des personnes. La cérémonie s’est déroulée en présence du Directeur Général de l'Agence Nationale de lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP), M. Ousmane Mamane, de la Représentante pays de l'OIM au Niger, ANA FONSECA, et du Représentant de la Délégation de l'Union Européenne, M. Abass DAN MALLAM. La rencontre a été aussi rehaussée par la présence des représentants du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l'Administration du Territoire, des représentants du ministère de la Population, de l'Action sociale et de la Solidarité nationale et des responsables des organisations de la société civile et autres structures engagées dans la lutte contre ce fléau.

Un cadre de dialogue, d’écoute et d’échanges pour renforcer la lutte contre la traite des personnes
La cérémonie a été marquée par plusieurs allocutions, dont celle introductive du Directeur Général de l’ANLTP, dans laquelle M. Ousmane Mamane a souligné que cette rencontre a pour principal objectif de traduire la volonté commune de renforcer la coordination et la complémentarité des interventions des différents acteurs engagés dans la lutte contre la traite des personnes.
Rappelant que la traite des personnes constitue un phénomène complexe qui appelle une réponse globale et coordonnée, il a indiqué que la prévention, l'identification et la protection des victimes, ainsi que la poursuite et la répression des auteurs, nécessitent l'implication de l'ensemble des acteurs concernés.
À cet égard, l'Agence nationale de lutte contre la traite des personnes, en sa qualité de structure nationale chargée de mettre en œuvre les actions de prévention de la traite des personnes, accorde une importance particulière au dialogue permanent entre les services de l'État, les organisations de la société civile, les collectivités, les acteurs communautaires et les partenaires techniques et financiers.
C'est pourquoi, le DG de l’ANLTP a estimé que le présent atelier offre « un cadre privilégié pour échanger sur les acquis, identifier les difficultés rencontrées sur le terrain, partager les expériences et dégager des pistes d'actions communes permettant d'améliorer l'efficacité de nos interventions ».
Le patron de la lutte contre la traite des personnes au Niger a saisi l’occasion pour saluer l'engagement constant des partenaires techniques et financiers qui accompagnent les efforts du Niger dans ce domaine. « Leur appui constitue un apport important au renforcement des capacités des acteurs et à la mise en œuvre des actions de prévention et de lutte contre la traite des personnes », a mis en avant le DG de l’ANLTP, qui les a invités à poursuivre cet accompagnement, « dans un esprit de partenariat, d'alignement sur les priorités nationales et de renforcement des capacités des structures nationales ».
Aux participants, M. Ousmane Mamane les a invités à faire de ces échanges un véritable espace de dialogue, d'écoute et de propositions concrètes, car « ces échanges devront contribuer à améliorer la coordination de nos actions et à renforcer notre efficacité collective ».
Une réponse nationale à une problématique nationale qui constitue une forme grave de criminalité et d’exploitation humaine
Dans l’allocution d’ouverture officielle de l’atelier, M. Sahirou Tchida Moussa, SG du ministère de la Justice et des Droits de l'Homme, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions, a tenu à saluer la présence massive des acteurs à l’atelier, ce qui témoigne de l'engagement constant qu’ils manifestent aux côtés du Gouvernement du Niger dans la lutte contre la traite des personnes. Et de rappeler que cette problématique nationale constitue une grave atteinte à la dignité humaine, aux droits fondamentaux et à la liberté des personnes. « Une forme particulièrement grave de criminalité et d'exploitation humaine qui touche des femmes, des hommes et, de manière particulièrement préoccupante, des enfants », a déclaré le SG du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, qui en a rappelé les différentes formes, notamment l'exploitation sexuelle, le travail ou services forcés, l'exploitation de la mendicité d'autrui, l'esclavage ou les pratiques analogues à l'esclavage, la servitude domestique, l'exploitation des enfants dans des activités criminelles, ainsi que d'autres formes d'exploitation. « Elle peut également se développer dans des contextes de vulnérabilité liés à la pauvreté, aux déplacements forcés, aux mouvements migratoires, à l'insécurité, au chômage, à l'absence de perspectives économiques ou encore à la séparation des enfants de leurs familles », a ajouté M. TCHIDA MOUSSA, qui a souligné à l’occasion que le Niger, de par sa position géographique, constitue un espace de mobilité important en Afrique de l'Ouest et au Sahel. Dans cette dynamique, ces mouvements de personnes, qu'ils soient internes ou transfrontaliers, créent des opportunités économiques et sociales, mais peuvent également exposer certaines personnes à différentes formes de vulnérabilité et d'exploitation.
S’appuyant sur les données du Plan de réponse de l'OIM pour le Niger en 2026, le SG du ministère de la Justice a souligné que le pays demeure un important carrefour des routes migratoires, notamment en direction de la Libye et de l'Algérie. L'OIM relève également que les flux migratoires ont augmenté de 78 % en 2024 par rapport à 2023. En août 2025, ses dix points de suivi des flux avaient observé 356 958 mouvements de migrants, illustrant l'importance des dynamiques de mobilité auxquelles notre pays est confronté. « Ces chiffres ne doivent évidemment pas être assimilés au nombre de victimes de traite. Ils permettent toutefois de mesurer l'ampleur des mouvements de personnes dans lesquels peuvent se présenter des situations de vulnérabilité nécessitant une vigilance accrue des acteurs de la protection, de la sécurité et de la justice », a toutefois averti M. TCHIDA Moussa, avant d’édifier que les données disponibles sur les victimes de traite montrent également la nécessité d'améliorer continuellement notre système national d'identification et de prise en charge. À titre illustratif, a-t-il dit, d'après les données disponibles à l'ANLTP, en 2025, plus de 393 victimes de traite (12 hommes, 12 femmes, 77 garçons et 292 filles) ont été orientées et assistées par les services compétents. Parmi ces victimes, vingt et une (21) sont exploitées sexuellement et cent quarante et une (141) sont exploitées dans le cadre du travail.
La lutte contre la traite des personnes, une responsabilité collective qui engage l’ensemble des acteurs
La réponse à la traite des personnes ne saurait cependant se limiter à l'identification et à l'assistance aux victimes, a poursuivi le SG du ministère de la Justice, pour qui « elle doit reposer sur une approche globale articulée autour des quatre piliers que sont la prévention, la protection des victimes, la poursuite des auteurs et le partenariat ».
En ce sens, il a estimé que la protection des victimes doit rester au cœur de l’action commune. « Notre objectif doit être clair : aucune victime ne doit rester invisible et aucun auteur de traite ne doit bénéficier de l'impunité lorsque les éléments constitutifs de l'infraction sont établis », a-t-il poursuivi.
En matière de réponse à cette problématique, a-t-il rappelé, le Niger dispose de plusieurs institutions, structures publiques, forces de défense et de sécurité, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers et agences des Nations Unies qui interviennent, chacun selon son mandat, dans la prévention, l'identification, la protection, la prise en charge, l'enquête, la poursuite et la sensibilisation. « Mais la multiplicité des interventions exige une coordination renforcée. La traite des personnes est un phénomène complexe qui dépasse les compétences d'une seule institution. Elle exige une réponse collective, cohérente et complémentaire », a déploré M. TCHIDA Moussa, pour qui, c'est pourquoi, le Gouvernement attache une importance particulière à la réflexion engagée autour de la création d'un Cadre national de concertation sur la traite des personnes. Et d’ajouter que c'est précisément dans cette perspective que la présente rencontre revêt une importance particulière.
Au nom du Ministre, il s’est dit convaincu que les échanges qui structurent cet atelier permettront de dégager des propositions concrètes sur la composition, les missions, le fonctionnement, les mécanismes de coordination et les modalités de suivi du futur Cadre national de concertation sur la traite des personnes. Exhortant l'ensemble des participants à privilégier les échanges francs, constructifs et orientés vers des solutions opérationnelles, il a rappelé l’urgence du moment et les enjeux nationaux et internationaux. « Notre responsabilité collective est grande. Elle l'est davantage encore lorsqu'il s'agit de protéger les enfants, les femmes, les migrants, les personnes déplacées et toutes les personnes exposées aux différentes formes d'exploitation », a déclaré le SG du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme.
En terminant son allocution, il a tenu à réaffirmer l'engagement du ministère de la Justice et des Droits de l'Homme à accompagner l'ANLTP et l'ensemble des acteurs dans le renforcement du dispositif national de lutte contre la traite des personnes, avant de formuler le vœu que cet atelier constitue une étape importante vers une meilleure coordination des interventions et vers la mise en place d'un cadre national de concertation inclusif, fonctionnel et durable.
« L'ambition que nous devons porter ensemble est celle d'un système national de lutte contre la traite des personnes dans lequel une victime identifiée est effectivement protégée ; une victime protégée est effectivement accompagnée vers la réinsertion ; un cas signalé est correctement documenté ; une infraction établie fait l'objet d'une réponse judiciaire appropriée, et chaque acteur sait précisément quel est son rôle et comment collaborer avec les autres. C'est cette complémentarité qui permettra de passer d'interventions parfois dispersées à une réponse nationale coordonnée, structurée et durable », M. Sahirou Tchida Moussa, SG du ministère de la Justice et des Droits de l'Homme.
La solidarité et la coopération internationale pour renforcer la lutte
Auparavant, la Cheffe de Mission OIM Niger, ANA FONSECA, a pris la parole pour d’abord saluer le leadership des autorités nigériennes et remercier l'ANLTP pour son engagement constant dans la prévention et la lutte contre la traite des personnes.
Elle a surtout mis l’accent sur l’importance de la solidarité et de la coopération internationale comme réponse à la traite des personnes, qui demeure l'une des atteintes les plus graves à la dignité et aux droits fondamentaux de l'être humain. « La traite des personnes ne connaît pas les frontières administratives. Les réseaux peuvent exploiter les vulnérabilités dans un pays, déplacer les victimes à travers plusieurs territoires et organiser l'exploitation dans un autre. C'est pourquoi la coopération internationale et les relations entre les États constituent un levier essentiel dans cette lutte », a déclaré Mme FONSECA, pour qui « aucun pays ne peut répondre seul à un phénomène qui, par sa nature même, peut traverser les frontières ».
La coopération entre les institutions nationales, mais également entre les pays de la région et leurs partenaires internationaux, est, en effet, essentielle pour renforcer l'échange d'informations, faciliter l'identification et la protection des victimes, améliorer les mécanismes de référencement et de prise en charge, mais aussi soutenir les efforts de prévention et de poursuite des auteurs. « Cette dimension internationale nous rappelle que la lutte contre la traite des personnes est aussi une question de solidarité entre les États et de responsabilité collective », a plaidé la Cheffe de l’OIM au Niger.
C'est du reste, a-t-elle poursuivi, dans cet esprit que se tient cet atelier, qui constitue « un espace privilégié pour écouter les acteurs de terrain, comprendre les difficultés auxquelles ils sont confrontés et identifier ensemble des solutions concrètes ». Selon Ana FONSECA, les échanges devront permettre notamment de renforcer la complémentarité des interventions, d'améliorer la coordination entre les différents acteurs et de consolider les mécanismes de prévention, de protection et d'assistance aux victimes. « Nous souhaitons également que les recommandations issues de cette rencontre puissent contribuer à renforcer durablement le dialogue et la concertation entre les acteurs intervenant dans ce domaine », a-t-elle souhaité, rappelant qu’aux côtés de l'ANLTP et des institutions nationales, l'OIM accompagne depuis plusieurs années des initiatives visant notamment à renforcer les capacités des acteurs, améliorer les mécanismes de protection et de référencement et favoriser une assistance adaptée aux personnes victimes de traite.
Et c’est dans ce cadre que se tient la mobilisation de cette semaine, qui s'inscrit également dans la mise en œuvre des programmes COMPASS et RDPP/NA, avec le soutien des partenaires, notamment le Royaume des Pays-Bas, l'Italie et l'Union européenne (UE).

« L'OIM réaffirme sa pleine disponibilité à poursuivre son accompagnement de l'État du Niger, à travers le ministère de la Justice et des Droits de l'Homme et l'ANLTP, dans le respect des priorités nationales et dans un esprit de partenariat. Ensemble, au-delà des frontières et au-delà de nos mandats respectifs, nous pouvons renforcer la prévention, mieux protéger les victimes et contribuer à une réponse plus efficace contre la traite des personnes. Au nom de l'Organisation Internationale pour les Migrations, je vous réaffirme notre engagement et notre disponibilité à poursuivre cette collaboration aux côtés de l'ANLTP, des autorités nigériennes et de l'ensemble de nos partenaires », ANA FONSECA, Représentante pays de l’OIM au Niger.
Une Semaine de mobilisation et une Journée nationale pour sensibiliser les acteurs
De son côté, M. Abass Mallam, chargé de programme Gouvernance, représentant la Délégation de l’Union européenne (DUE-Niger), s’est félicité de cette initiative d’échanges entre l'Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP) et les acteurs intervenant dans la lutte contre la Traite des Personnes, une rencontre d'importance. « La traite des personnes est l'une des pires violations des droits de l'homme au regard du droit international. Malheureusement, elle est une réalité complexe au Niger, considéré à la fois comme un... Fort heureusement, les autorités nigériennes ont fait de la lutte contre ce phénomène une priorité nationale », a-t-il indiqué, avant de souligner que depuis 2010, le Gouvernement du Niger s'est engagé dans la lutte contre la traite des personnes.
Le Représentant de la Délégation de l’UE au Niger a souligné que l'instauration de la « Journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes », célébrée chaque année le 28 septembre depuis 2013 en rappel au drame du 28 septembre 2013, où les corps sans vie de 92 migrants, constitués majoritairement de femmes et d’enfants, abandonnés par des passeurs, ont été découverts dans le désert du Ténéré, témoigne davantage de l'engagement et de la détermination des autorités nigériennes à faire face au phénomène.
Depuis, la journée du 28 septembre est ainsi dédiée à rendre hommage aux victimes et à sensibiliser le public aux multiples dangers de la traite des êtres humains.
« La lutte contre la traite des êtres humains constitue une priorité majeure pour l'Union européenne », a rappelé M. Abass Mallam, qui a notamment cité la Directive 2011/36/UE, qui fixe les règles de base dans l'Union européenne pour prévenir la traite, poursuivre les criminels et protéger les victimes. « Dans une approche fondée sur les droits, cette directive engage l'Union européenne à placer l'accompagnement et la sécurité des victimes de la traite au centre des actions menées par les États membres », a-t-il déclaré.
Aussi, a mis en avant le Représentant de l’UE, la lutte contre la traite des êtres humains constitue un volet transversal et prioritaire de l'action extérieure et de la politique étrangère de l'Union européenne. Elle est partie intégrante des dialogues politiques et migratoires avec les pays partenaires. « La coopération de l'UE-Niger dans la lutte contre la traite des personnes est constante et régulière ; en collaboration avec d'autres partenaires, dont l'OIM, à travers plusieurs initiatives soutenues », s’est réjoui M. DAN MALLAM, qui a saisi l’occasion pour saluer les efforts déployés par l'ANLPT pour la coordination des activités de lutte contre la traite des personnes au niveau national.
Et M. Abass Dan Mallam de formuler l'espoir que le présent atelier, qui marque une importante étape dans le renforcement de la coordination et de la collaboration entre l'ANLTP et les acteurs intervenant dans le domaine de la lutte contre la traite des personnes, atteindra ses objectifs, notamment en définissant, de façon concrète, les éléments pour la mise en place d'un cadre de concertation et une feuille de route pour la concrétisation dudit cadre en faveur de la lutte contre la traite des personnes au Niger.
Tout en se réjouissant du succès enregistré dans la lutte contre la traite des personnes grâce aux efforts de tous, le Représentant a assuré de la disponibilité de l'Union européenne à continuer d'œuvrer aux côtés du Niger et des autres partenaires pour des actions coordonnées en matière de lutte contre la traite des personnes.


Abdoulkarim Moumouni (actuniger.com)


