Niger : interpellé et placé en détention, l’avocat Me Lirwana risque jusqu’à cinq ans de prison pour des publications sur des réseaux sociaux

L’avocat et activiste Me Lirwana Abdourahamane a été placé en détention à la maison d’arrêt de Niamey, ce mardi 22 septembre 2026, après sa présentation au Tribunal de grande instance hors classe de Niamey. La veille, il a été auditionné et placé en garde à vue après son audition au pôle de lutte contre la cybercriminalité de la Police judiciaire (PJ). Poursuivi et inculpé pour « publication de données de nature à troubler l’ordre public », à la suite de posts sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, sur lequel il est très actif et critique envers le régime en place, l’avocat risque jusqu’à cinq (05) ans de prison en vertu des dispositions de la loi sur la cybercriminalité.
Retour à la case prison pour Me Lirwana ! L’avocat et activiste, défenseur des droits humains, comme il se définit lui-même, vient de passer sa première nuit de détention à la prison civile de Niamey. En fin de journée du mardi 22 septembre, il a été, en effet, inculpé puis placé en détention après sa présentation au Tribunal de grande instance hors classe (TGI/HC) de Niamey.
La veille, lundi 21 septembre, il a été auditionné pendant de longues heures à la Division anti-cybercriminalité de la Police judiciaire (PJ) de Niamey, où il a été poursuivi et placé en détention pour « publication de données de nature à troubler l’ordre public ».
Selon ses avocats, son interpellation est intervenue à la suite de l’une de ses récentes publications sur Facebook, et le motif qui lui a été notifié est la « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ». L’avocat était d’ailleurs en déplacement à l’intérieur du pays, à Zinder plus précisément, lorsqu’il a reçu la convocation. Il a rallié Niamey le week-end dernier, avant de se présenter dès lundi aux premières heures à la PJ de Niamey, où il a été auditionné puis placé en garde à vue.
Présenté au parquet puis au juge d’instruction, il a finalement été placé sous mandat de dépôt ce mardi 22 septembre et devra attendre la suite de la procédure judiciaire désormais en cours pour être fixé sur son sort.
Dès le début de la procédure, l’avocat a été assisté de plusieurs de ses confrères, ainsi que de l’assistance du Barreau.
De deux (02) à cinq (05) ans de prison pour cybercriminalité
L’avocat Me Lirwana, très connu des milieux judiciaires nigériens, mais aussi de la scène nationale pour ses différentes prises de position, n’en est pas à son premier passage à la case prison. Sous les régimes précédents, il avait déjà eu maille à partir avec la justice pour diverses raisons qui lui ont valu des mois de détention, notamment à Daikaina, près de Tillabéri.
Cette fois, c’est pour des publications sur les réseaux sociaux que l’avocat de l’ancien président Mahamane Ousmane, challenger au 2e tour de la dernière élection présidentielle de 2021 qui a porté Mohamed Bazoum au pouvoir, va s’expliquer avec la justice.
Ces derniers temps, il est devenu très critique envers la gouvernance des autorités de la Refondation (CNSP). Particulièrement actif et même prolifique sur les réseaux sociaux, ses récentes prises de position, notamment des posts sur Facebook relativement aux derniers événements de l’actualité nationale, ont beaucoup défrayé la chronique, engendrant parfois une vive polémique.
Avec les charges qui sont retenues contre lui, Me Lirwana risque gros en vertu des dispositions de la nouvelle loi N°2024-28 du 07 juin 2024 adoptée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), portant sur la répression de la cybercriminalité.
En effet, l’article 31 de la loi stipule qu’« est puni d’une peine d’emprisonnement de deux (2) ans à cinq (5) ans et d’une amende de deux (2) à cinq (5) millions de FCFA quiconque met à disposition d’autrui ou diffuse des données de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte à la dignité humaine par le biais d’un moyen électronique ».
Et de préciser qu’« il ne peut être fait application des dispositions relatives aux circonstances atténuantes et au sursis. L’infraction est constituée même lorsque les données produites sont avérées ».
Des dispositions que les défenseurs des droits humains jugent « liberticides », d’autant que la loi ne précise nullement les notions clés de « trouble à l’ordre public » et d’« atteinte à la dignité humaine ».
En attendant la suite de la procédure et éventuellement un procès, Me Lirwana va retrouver en prison un autre activiste virulent contre le régime, Nassirou Bodo, en détention depuis plusieurs mois et en attente de son procès pour des faits presque similaires.
A. Y. Barma (actuniger.com)


