Évènements de Niamey : des avions militaires algériens dépêchés au Niger pour contrer une tentative de coup d’État, assure le président algérien

Dans son dernier entretien périodique diffusé samedi dans la soirée sur les chaînes nationales, le président algérien est revenu sur la décision d’Alger d’envoyer des avions militaires au Niger, à la suite des évènements de Niamey, du 28 au 29 août dernier. Selon Abdelmadjid Tebboune, les quatre (04) chasseurs Su-30 ont été déployés dans la principale base aérienne de l’armée nigérienne, dans la périphérie de la capitale, pour faire face à une tentative de coup d’État. « La tentative de coup d’État au Niger a eu lieu au lendemain de la visite du Premier ministre du Niger en Algérie, ce que nous considérons comme une tentative de provocation à notre égard », a expliqué le chef de l’État algérien, qui a assuré que « certains acteurs étaient allés trop loin ». Le président Tebboune n’a pas donné de détails sur l’identité des acteurs mis en cause, mais au lendemain des évènements qui ont débuté avec une mutinerie de certains soldats des forces spéciales de l’armée régulière, les autorités nigériennes avaient indexé la France d’Emmanuel Macron d’avoir orchestré une nouvelle tentative de déstabilisation, en complicité avec certains pays de la région. Dans sa grande interview, le président algérien est également revenu plus largement sur le rôle qu’entend jouer l’Algérie pour la stabilité du Sahel, mettant en avant les programmes de développement lancés au Niger ainsi que les nouvelles perspectives de coopération avec Bamako, après plusieurs mois de brouille diplomatique.

C’est la première fois que le président algérien, patron des forces de l’Armée nationale populaire (ANP), aborde publiquement les raisons qui ont poussé Alger à déployer, début septembre dernier, des avions militaires au Niger. Un déploiement que certains ont considéré comme une entorse au sacro-saint principe de « non-ingérence » dans les affaires intérieures d’un pays que ne cesse de prôner Alger, et qui a été annoncé par Niamey comme un soutien aux autorités militaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), à la suite des évènements qui ont secoué la capitale du 28 au 29 août 2026.
Lors de son entrevue périodique avec des représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir sur les chaînes algériennes, le président Abdelmadjid Tebboune a expliqué que l’Algérie a envoyé des avions militaires au Niger après que certaines parties eurent persisté dans leurs manœuvres.
Le Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, se trouvait alors en visite en Algérie et était rentré de nuit chez lui avant qu’une tentative de coup d’État ne survienne, s’est-il indigné. « Les choses sont claires. Pour des raisons évidentes, c’est une provocation contre nous, c’est une provocation à notre égard... », a fait observer le président algérien.
« Nous avons envoyé des avions militaires au Niger pour contrer la tentative de coup d’État, car certains acteurs sont allés trop loin dans leurs projets. La tentative de coup d’État au Niger a eu lieu au lendemain de la visite du Premier ministre du Niger en Algérie, ce que nous considérons comme une tentative de provocation à notre égard. […] Et moi aussi, j’enverrai des avions et nous nous affronterons directement », SEM. Abdelmadjid Tebboune, Président de la République d’Algérie.
Alger à la rescousse de Niamey
Dans son entretien, le chef d’État algérien n’a pas donné de détails sur les acteurs indexés ni même sur l’opération qualifiée de « tentative de coup d’État » qu’Alger a aidé à déjouer, en soutien aux autorités militaires nigériennes.
Dans la nuit du 28 au 29 août dernier, des tirs nourris d’armes lourdes et des explosions ont été entendus dans plusieurs endroits stratégiques de Niamey, notamment vers le Palais présidentiel et la base aérienne 101 de l’armée de l’air, située à l’aéroport international Diori-Hamani, où les combats ont été intenses entre des soldats mutins des forces spéciales et des éléments de la Garde présidentielle (GP), appuyés par les éléments du Corps africain du ministère russe de la Défense (Africa Corps), dont le QG est également situé sur la même base militaire.
Dans un premier communiqué, alors que la situation était encore trouble, le ministre nigérien de la Défense et N°2 du régime militaire dirigé par le Président TIANI, le général d’armée Salifou Modi, avait annoncé qu’un groupe de militaires, « en rupture avec le règlement militaire », avait tenté d’arrêter plusieurs de leurs collègues sur la base aérienne 101 et avait ouvert le feu contre des sites stratégiques de la capitale. Selon la même source, les forces de sécurité étaient intervenues et avaient réussi à contenir la situation, reprenant progressivement le contrôle des sites visés.
Le 30 août suivant, le ministère algérien de la Défense a déclaré avoir envoyé quatre avions de chasse (04) au Niger à la suite de ces troubles. Il a précisé que deux (02) patrouilles composées de 4 Sukhoï Su-30 avaient atterri à l’aéroport de Niamey, accompagnées d’un avion ravitailleur en vol.
D’après les autorités algériennes, ces avions de combat avaient été déployés à la demande des autorités nigériennes dans le cadre d’« une mission de soutien à l’armée nigérienne pour faire face à une tentative de déstabilisation de l’État frère du Niger ».
Par la suite, le gouvernement nigérien avait qualifié la mutinerie des soldats des forces spéciales de nouvelle tentative de déstabilisation avant de mettre en cause la France d’Emmanuel Macron, d’avoir orchestré la mutinerie avortée. Ce que, évidemment, Paris avait réfuté, niant toute implication dans ces événements survenus dans la capitale nigérienne.
Les autorités nigériennes ont par la suite exprimé leur gratitude à l’Algérie pour ce soutien qui s’inscrit dans le cadre des relations étroites qu’entretiennent les deux pays, notamment en matière de sécurité et de défense, et qui partagent une longue frontière terrestre de près de 1 000 km.
La stabilité du Sahel, une question de sécurité nationale pour Alger
Dans sa grande entrevue avec la presse, le président Tebboune a indiqué que l’Algérie considère la stabilité de la région du Sahel comme une composante essentielle de sa propre sécurité nationale.
« La stabilité passe par le développement, non pas par la force et l’armée », a estimé le chef de l’État algérien, qui a pris comme exemple les relations entre Alger et Niamey. « Avec nos frères du Niger, nous nous sommes engagés sur des programmes de développement, et nous sommes disposés à les aider militairement pour défendre la stabilité de leur pays », a-t-il déclaré.
Le Président algérien a également exprimé la disponibilité d’Alger à aider Bamako dans la lutte contre les groupes terroristes. S’agissant des relations de l’Algérie avec le Mali, le président de la République a déclaré : « Dans nos relations avec le Mali, nous sommes beaucoup plus proches l’un de l’autre qu’on ne le pense ». Il a toutefois précisé que « l’Algérie ne s’immiscera pas dans les affaires intérieures de ce pays frère ».
De manière générale, le président Tebboune a réaffirmé la constance des relations de l’Algérie avec son environnement régional ainsi que le rôle qu’entend jouer Alger dans le cadre d’une politique étrangère fondée sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, l’attachement à la légalité internationale et la primauté du dialogue et des solutions politiques et paisibles. Dans ce contexte, le président de la République a souligné que la préservation de la stabilité du Sahel passe par le développement, précisant que le chaos et le terrorisme se nourrissent de la pauvreté et de l’absence d’institutions étatiques.
Aboubacar Yacouba Barma (actuniger.com)



