Niger : à la tribune de l’ONU, le PM Lamine Zeine accuse Paris et Kiev de nouvelle tentative de déstabilisation, à partir du nord-est du pays

Le Premier ministre du Niger a officiellement accusé, vendredi dernier à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York, la France, en complicité avec l’Ukraine, de tenter de vouloir ouvrir un nouveau front de déstabilisation à partir du nord-est du pays. Ce n’est pas la première fois que Niamey indexe Paris d’avoir une main dans plusieurs tentatives de déstabilisation, mais pour Kiev, c’est une première. Dans son intervention, Ali Mahamane Lamine Zeine a également dénoncé la collaboration de deux (02) pays voisins impliqués dans ces agissements, sans pour autant les citer. Par contre, le représentant des autorités nigériennes à la rencontre annuelle des États membres de l’ONU a tenu à saluer le rôle de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et a cité plusieurs pays, notamment l’Algérie, le Togo, la Turquie, le Maroc, la Russie et la Chine, qu’il a qualifiés de « vrais amis » du Niger.

C’est certainement la partie du discours officiel du Premier ministre qui a été le plus préparée et soignée pour faire sensation à la tribune des Nations unies, et il faut dire que ça a fait mouche !
Dans son discours vendredi devant la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Ali Mahaman Lamine Zeine a accusé de nouveau la France de conduire une « entreprise perfide » de déstabilisation dans la région du Sahel, affirmant que cette tentative est « désormais très documentée ». Il a déclaré que ce que certains appellent le terrorisme dans la région est une « ingénierie cynique de recolonisation », habillée des « oripeaux de l’extrémisme », précisant que la motivation réelle réside dans la « convoitise » d’importantes ressources présentes dans les sous-sols.
Il a notamment cité « l’uranium du Niger, l’or du Mali et du Burkina, le lithium, le gaz, le pétrole » et d’autres richesses qui continuent, selon lui, de faire « saliver les anciennes puissances coloniales », affirmant que certains cherchent à convaincre les peuples de la région qu’ils sont incapables de gouverner, de produire, de penser et de se défendre et qu’ils ne disposent ni de science, ni d’intelligence, ni de souveraineté pour construire quelque chose de précieux pour eux-mêmes, afin de les amener à accepter la tutelle de la France de Macron et de ses alliés.
Le Premier ministre nigérien a également accusé la France d’agir bien souvent par l’entremise de ses proxys locaux, de réseaux et de complicités, affirmant que notre Sahel est déterminé à défendre sa liberté, ses ressources et sa dignité, quel qu’en soit le prix.
« Au moment où je vous parle, à nos frontières nord-est, se trouvent des proxies dirigés par cette même France, appuyés par l’Ukraine et deux autres pays. Vous comprendrez de quels pays je fais allusion. Ces proxies sont armés, guidés et conduits dans le but d’attaquer nos positions militaires ainsi que nos installations pétrolières. Mais ils trouveront ce qu’ils méritent en face, In Shaa Allah », M. Ali Mahaman Lamine Zeine, Premier ministre du Niger.
L’Ukraine et deux autres pays africains accusés de complicité avec la France
Ce n’est pas la première fois que Niamey accuse l’ancienne puissance coloniale de vouloir déstabiliser le Niger et les pays de l’AES, en s’appuyant sur certains pays africains de la sous-région ainsi que sur les groupes armés terroristes (GAT) qui opèrent au Sahel. Les relations avec Paris ont été, en effet, rompues par les autorités militaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), depuis les événements du 26 juillet 2023 et le coup d’État du général Abdourahamane Tiani contre l’ancien président Mohamed Bazoum.
Début septembre, le gouvernement nigérien avait mis en cause la France dans une tentative de déstabilisation du pays, qui a été orchestrée dans la nuit du 28 au 29 août, affirmant avoir constitué une « documentation conséquente » sur cette « agression » et se réservant le droit d’intenter des actions devant la justice internationale.
C’est certainement la première fois que l’Ukraine est officiellement accusée, bien qu’au Mali, pays allié de l’AES, l’implication de Kiev dans l’insécurité qui prévaut dans le pays ait été à plusieurs reprises clamée par les autorités de la Transition, qui accusent le régime de Zelensky de soutenir les groupes terroristes et les mouvements indépendantistes du nord du pays.
Il faut dire que les pays alliés de la Confédération AES se sont rapprochés ces derniers temps de Moscou, qui a envoyé des centaines de soldats combattants et instructeurs ainsi que de l’armement au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Il s’agit des soldats du Corps africain (Africa Corps) du ministère russe de la Défense, qui ont pris la place, dans le Sahel, des soldats-mercenaires de l’ex-groupe militaire privé Wagner.
De l’avis de plusieurs observateurs, l’implication de Kiev dans le Sahel peut s’expliquer par la guerre que se livrent, depuis maintenant plusieurs années, la Russie et l’Ukraine. Un conflit qui a des implications géopolitiques dans plusieurs régions du monde, comme au temps de la fameuse « guerre froide ».
Dans son intervention, le Premier ministre Lamine Zeine a également mis en cause deux (02) autres pays pour leur collaboration dans cette nouvelle entreprise de déstabilisation qui se prépare dans le nord-est du pays. Il n’a pas cité les noms des pays incriminés, mais les analystes de la scène sous-régionale n’ont pas tardé à citer l’Armée nationale de Libye du maréchal Haftar (est libyen) ainsi que le Tchad.
L’évolution récente des événements entre Niamey, la Libye et le Tchad tend, du reste, à conforter cette hypothèse au regard des tensions qui émergent entre les autorités nigériennes ainsi que leurs homologues de Benghazi et de N’Djamena.
A. Y. Barma (actuniger.com)




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