
Dans le message sur la vie de la nation qu’il a adressé ce jeudi 21 décembre 2023 devant les députés de son pays, le Président béninois a évoqué la situation qui prévaut dans la sous-région notamment les pays du Sahel actuellement dirigés par des transitions militaires. S’il a réitéré sa condamnation des coups d’état, Patrice Talon a souligné vouloir « rétablir rapidement les relations » avec ses voisins notamment le Niger. Depuis les évènements de juillet dernier, le Bénin a été l’un des premiers pays à mettre en œuvre les sanctions économiques et financières imposées au pays par la Cédéao avec la fermeture des frontières terrestres qui a compliqué l’approvisionnement en produits de première nécessité des pays de l’hinterland via le port de Cotonou. Dans son discours, le chef de l’Etat a pourtant indiqué qu’il n’a jamais souhaité que ces sanctions affectent les citoyens des pays concernés.
Du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, le Président béninois a déclaré qu’il avait «un temps pour condamner, un temps pour exiger et un temps pour faire le point et prendre acte». Une manière diplomatique pour Patrice Talon de tendre la main aux pays voisins notamment le Niger où depuis le coup d’état du 26 juillet 2023 et l’avènement du CNSP qui a renversé le régime de Bazoum Mohamed, les relations ne sont pas au beau-fixe entre Porto-Novo et Niamey. Devant les députés, il a certes réaffirmé que « la prise de pouvoir par les armes doit être condamnée par tout démocrate convaincu ». Il a toutefois ajouté que le temps est venu de prendre acte et d’aller de l’avant. «Nous voulons le rétablissement des relations avec les pays où les coups d’Etat sont intervenus » a assuré le chef de l’Etat qui a par ailleurs souligné que « le Bénin n’a jamais souhaité que les sanctions imposées » par les institutions régionales et internationales mettent en difficulté les citoyens de ces pays.
Le président Talon, qui était jusque-là considéré comme l’un des farouches soutiens de la fermeté à l’égard des « juntes militaires», a visiblement mis de l’eau dans son vin. Dans la droite ligne du dernier Sommet ordinaire des Chefs d’Etat de la Cédéao, tenu le 10 décembre à Abuja, et au cours duquel, l’organisation communautaire a dû se résoudre à consommé le coup d’état du 26 juillet et à ouvrir la voie du dialogue avec les autorités nigériennes.
Il faut dire que depuis le 30 juillet dernier, les frontières terrestres entre le Niger et le Bénin sont fermées, le pays ayant décidé d’appliquer à la lettre les sanctions décidées par les dirigeants de l’UEMOA et de la Cédéao. Le Port de Cotonou (PAC) qui était jusque-là le principal point d’entrée des marchandises en direction du Niger mais également vers le Mali et le Burkina Faso a vu ses activités se raréfier au profit de celui de Lomé, au Togo, où les autorités ont même accordé des facilités pour le transit des produits destinés au Niger. Le Bénin a été même accusé par les autorités militaires du Niger de servir de base pour des projets de « déstabilisation » que voulaient mettre en œuvre la France avec la complicité de certains pays de la sous-région avec notamment la menace brandie d’une intervention militaire afin de restaurer l’ordre constitutionnel. Ce qui a d’ailleurs poussé le CNSP et le gouvernement de transition a mettre en garde son voisin du sud à qui il a rappelé les liens historiques et fraternelles qui unissent les peuples des deux pays avant de dénoncer l’accord militaire signé entre le Bénin et le Niger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme notamment dans la zone frontalière commune.
Avec cette nouvelle prise de position, les relations vont certainement s’apaiser entre les deux pays d’autant que même au Bénin, la fermeture des frontières avec le Niger a été fortement décriée par les populations surtout celles dont les activités sont principalement liées au commerce avec le Niger. Les deux pays sont de toutes les manières appelées à accorder leurs violons car dès janvier prochain, le Niger commencera à exporter son pétrole brut via le Bénin qui va tirer de substantiels droits de passage.
Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)





