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Il aimait le répéter souvent avant d’avoir été assassiné le 13 décembre du 1998 au Burkina Faso. Ce qu’il craignait le plus ce n’était pas la méchanceté des mauvais mais le silence des bons. Lui, journaliste et militant des nouvelles, il savait pourquoi ce dit-on était important pour lui. Norbert Zongo est une des icônes pour les jeunes jusqu’au aujourd’hui au Burkina et ailleurs où les traces de Thomas Sankara n’ont pas été effacées. Zongo était en train d’enquêter sur des questions affectant la famille présidentielle de son pays quand des sicaires ont mis fin à son désir de vérité. Ils ont seulement réussi à faire résonner encore plus fort le cri de son corps carbonisé dans la voiture. Ils étaient quatre et l’autopsie a révélé que tous ont été tués vers midi avant que le feu ne fasse son travail.

L’assourdissant silence des bons qui laissent faire parce qu’ainsi va le monde depuis que le monde est monde. Pire pour eux ceux qui ne sont pas prêts au changement. Ils devraient bien comprendre de quel côté ‘tire le vent’ et qui est le capitaine du bateau de sable qui traverse la mer et arrive au Sahel des migrants. Le silence sur le génocide dans la Méditerranée, conséquent aux politiques homicides de l’Occident. Le silence de la politique, de l’économie, des églises du dimanche matin et  des mosquées le vendredi. Le silence, celui des bons, qui est arrivé loin et il continue de fabriquer frontière de pierre et il se contente de faire des discours d’adieu dans les cimetières de poussière. Avant lui ce fut le capitaine Sankara un 15 d’octobre de 1987 dans son pays natal.

Les deux craignaient plus le silence des bons que la méchanceté des mauvais. Cette dernière on la voit mieux et, définitive, elle peut être identifiée, combattue et parfois gagnée. Mais pas le silence des bons politiques, religieux, des ménagères, des ouvriers métallurgiques, du syndicat des patrons, des capitaines d’industrie et des générales en congé. Un silence insupportable des employés de l’Etat et ceux de la Croix Rouge Internationales, le silence des constructeurs d’armes et de ceux qui les vendent et s’utilisent, des gardiens des phares désormais mécanisés et les associations qui gèrent les centres de détentions des migrants. Il s’agit de silences complices qui n’ont rien à voir avec ceux du vent qui porte au loin les cris absents.

Dans le silence s’arment aussi les marchés et se désarment les droits d’aller quelque part pour inventer le monde. Les bons se taisent pendant que l’on stipule des accords de control, détention, expulsion et liquidation. On ne dit rien quand on déporte les paroles avec la liberté de future. On regarde ailleurs si ne répondent pas à l’appel ceux qui étaient partis un jour après avoir embrassé la mère et le dernier né. Il n’y a rien de pire que le silence des bons disait Zongo, journaliste dans les cendres à cause des mots volés au mensonge. Il avait moins peur de la méchanceté des mauvais, escomptée et souvent vulgaire. Mais le silence des bons no, il est tout à fait insupportable parce que c’est dans l’impunité que l’on pille la dignité des pauvres.

La méchanceté des mauvais ne passe pas inaperçue. Il suffit très peu pour s’apercevoir du dépouillement des matières premières, des sous-traitants pour l’exploration des gisements et l’exploitation des mines, le commerce de la cocaïne pour le marché européen et la vente des esclaves en Libye. Tout cela arrive en même temps que l’on finance des campagnes militaires et l’on forme des armées afin de combattre l’ennemi que pendant des années il a été financé et entrainé par des techniciens. Mais cela ne préoccupait pas l’ami journaliste Norber qui a été tué par le silence des bons, comme il le craignait. Il aimait le répéter  souvent aux amis qui se souviennent de lui. Il n’y a rien de pire que lui, le silence des bons qui tournent les yeux ailleurs ou se taisent pour lâcheté. Leur silence, nous rappelle Zongo, il est à craindre plus que les paroles des mauvais.

                                                                                       Mauro Armanino, Niamey, Novembre 2017

 

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