« La souveraineté nationale se mesure aussi à la capacité de faire respecter la loi », Me Fati Kountché Adji, bâtonnière de l’Ordre des avocats
Les cours et tribunaux du Niger ont effectué, jeudi 22 octobre à Niamey, leur rentrée judiciaire 2026-2027, au cours d’une cérémonie solennelle présidée par le président de la République, le général d’armée Abdourahamane Tiani, et placée sous le thème : « Quels rôles la justice doit-elle jouer dans l’affirmation de la souveraineté nationale ? » À cette occasion, la bâtonnière de l’Ordre des avocats du Niger, Me Fati Kountché Adji, a prononcé une allocution dans laquelle elle a souligné que la souveraineté nationale trouve dans la justice l’un de ses fondements essentiels. De ce fait, a-t-elle estimé, la justice doit être ferme face aux violations de la loi, indépendante à l’égard des pressions indues, impartiale dans ses décisions et accessible à tous. Surtout, Me Fati Kountché a estimé que « la souveraineté nationale ne se mesure pas seulement à la liberté de décider, mais aussi à la capacité de faire respecter la loi dans l’équité et le respect des droits ». Dans sa brillante plaidoirie, la bâtonnière a également appelé à l’élaboration d’un cadre concerté pour prendre en compte les défis de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans la justice.

À la cérémonie solennelle marquant la rentrée judiciaire officielle des cours et tribunaux du Niger, la bâtonnière de l’Ordre des avocats a délivré un véritable plaidoyer pour que la justice trouve toute son expression dans le contexte actuel de refondation nationale prônée par les autorités sous l’égide du CNSP.
Me Fati Kountché Adji s’est particulièrement épanchée sur le thème choisi cette année, un thème qui, selon elle, conduit à une réflexion sur une question fondamentale. « La souveraineté nationale est une aspiration légitime, elle exprime la volonté d’un peuple de maîtriser son destin, de défendre ses intérêts et de choisir librement les voies de son développement, mais la souveraineté doit se manifester dans le fonctionnement quotidien de nos institutions, dans la protection de notre patrimoine, dans la sécurité de notre population, dans l’application de nos lois et dans la confiance accordée à l’État », a-t-elle souligné.
L’efficacité de la justice, a-t-elle fait savoir, « se mesure à la capacité à répondre aux besoins du justiciable ». À cet égard, la bâtonnière a estimé que plusieurs priorités méritent une attention constante. La première est la sérénité des procédures, car, a-t-elle dit, les délais excessifs fragilisent les droits et entretiennent les incertitudes. La deuxième, c’est l’accès à la justice : l’éloignement géographique, le coût des démarches, la barrière de la langue et le manque d’information peuvent constituer des obstacles pour les justiciables.
« La souveraineté nationale trouve dans la justice un de ses fondements essentiels. La justice doit être ferme face aux violations de la loi, indépendante à l’égard des pressions indues, impartiale dans ses décisions et accessible à tous. Elle doit aussi demeurer maîtresse des outils qu’elle emploie, car les machines pourront calculer plus vite que nous, mais elles ne jugeront jamais à notre place. La justice n’est pas un calcul, elle est un acte de souveraineté accompli au nom du peuple. La souveraineté nationale ne se mesure pas seulement à la liberté de décider, mais aussi à la capacité de faire respecter la loi dans l’équité et le respect des droits », Me Fati Kountché Adji, bâtonnière de l’Ordre des avocats du Niger.
Un cadre concerté pour l’usage de l’IA dans la justice
Dans son message, la représentante des avocats du Niger a évoqué un défi d’actualité qui se pose aujourd’hui à la justice. Il s’agit de l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans la justice, qui, selon Me Fati Kountché, doit obéir à un principe intangible : rester soumise à la conscience humaine. « La décision demeure humaine, car juger est un acte de conscience qui ne saurait être délégué à une machine », a déclaré Me Fati Kountché.
Par conséquent, elle a lancé un appel à l’élaboration concertée d’un cadre national d’utilisation de l’intelligence artificielle dans la justice, associant le ministère de la Justice, les juridictions et l’ensemble des professions judiciaires, ainsi qu’à la constitution d’un fonds documentaire national réunissant les textes et la jurisprudence du pays. « Nous appelons enfin à l’intégration de ces enjeux dans la formation initiale et continue de tous les acteurs de la justice », a plaidé la bâtonnière de l’Ordre des avocats.
La justice au service de la refondation pour une véritable souveraineté
Au cours de la cérémonie, qui a enregistré la présence des membres du CNSP, du gouvernement, des magistrats, des avocats, des greffiers, des huissiers et de plusieurs autres personnalités, le président de la Cour d’État, M. Abdou Dan Galadima, a également pris la parole. Il a estimé que la rentrée judiciaire est toujours un moment particulier dans la vie de la famille judiciaire en particulier et de la nation en général. « Elle n’est pas une simple cérémonie protocolaire, elle est un temps de bilan et de projection et elle permet à la justice de regarder le chemin parcouru, de mesurer les attentes de nos concitoyens, d’identifier les insuffisances qui demeurent et surtout de renouveler solennellement son engagement au service de la République et du peuple nigérien dans le respect de la loi. »
Évoquant le thème de cette édition, M. Dan Galadima a estimé qu’il touche au cœur même de l’État. Répondant à la question de savoir quels rôles la justice doit-elle jouer dans l’affirmation de la souveraineté nationale ?, il a souligné que cette interrogation revêt une importance capitale dans le contexte actuel du pays. « Notre nation traverse une période historique au cours de laquelle la volonté de maîtriser son destin politique, sécuritaire, économique, culturel et institutionnel est placée au premier rang des préoccupations nationales », a déclaré le président de la Cour d’État.
La souveraineté, a-t-il indiqué, est donc aussi la capacité d’une nation à produire, appliquer, faire respecter et faire évoluer son propre ordre juridique dans le respect des engagements qu’elle a librement souscrits. Et d’ajouter : « Un peuple souverain est aussi un peuple dont la justice est rendue par ses propres juges, selon ses propres lois et dans le respect de ses valeurs. C’est à ce niveau que la justice rime avec la souveraineté. »
Depuis le 26 juillet 2023, a rappelé M. Abdou Dan Galadima, « sous la haute impulsion du président de la République, notre pays s’est engagé dans une œuvre de refondation dont la souveraineté est la pierre angulaire ». Pour le président de la Cour de cassation, cette souveraineté s’affirme sur les plans sécuritaire, diplomatique, économique et judiciaire. La justice a le devoir de l’accompagner et de la consolider, et chaque décision rendue l’est au nom du peuple nigérien, a estimé le magistrat Abdou Dan Galadima.
Ikali Dan Hadiza (actuniger.com)




