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Au Soudan, les militaires au pouvoir promettent un gouvernement civil aux manifestants. Des contestataires qui ont fait tomber le président Omar el-Béchir au pouvoir depuis 30 ans désormais maintenu en détention. Le conseil militaire assure qu'il ne sera pas extradé pour répondre aux accusations de génocide devant la CPI. Retour sur les dernières heures de l’ex-homme fort du Soudan.

Au micro de RFI, c’est Rashid Saeed Yagoub, le porte-parole de l'Association des professionnels soudanais, le mouvement de la société civile qui a lancé la contestation en décembre dernier, qui raconte les quelques secondes où tout a basculé pour le président soudanais. « Omar el-Béchir avait constitué un comité de sécurité pour diriger les opérations des forces de sécurité et coordonner les opérations des forces de sécurité pour mettre fin à la révolution qui était en cours depuis quatre mois et qui s’est accentuée, ces derniers jours, avec le sit-in devant le QG de l’armée. »

Ce comité se compose de quatre personnes proches du régime. On y retrouve bien sur Awad Ahmed Benawf, le ministre de la Défense, Abdul-Maarouf, le chef d’état-major, Salah Gosh, le chef du service de renseignement et le général Mohamed Hamdan Daglo, alias Hemetti, chef des Janjawid ou Rapid Support Forces (forces d’intervention rapide).

Dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 avril, les quatre hommes se retrouvent après avoir reçu l’ordre de Béchir de disperser le sit-in par la force. « Il y avait à peu près 200 000 personnes sur la place, devant le QG de l’armée. Ils se sont réunis. Et après discussion, ils sont allés voir Bachir pour lui dire : ‘Mais c’est impossible. Si on tire, il y aura beaucoup de morts. Pas seulement par balles, mais aussi piétinés par les autres’. Ils ont ajouté : ‘On est obligés de vous destituer et de nous constituer en en conseil militaire’. Apparemment, Bachir a dit en arabe « Que Dieu vous bénisse’ », poursuit Rashid Saeed Yagoub.

Détenu à Khartoum

Dans les semaines précédentes, à deux reprises, Omar el-Béchir avait fait allusion à cette remise du pouvoir à l'armée. Un scénario qui s'est déjà produit deux fois dans l’histoire du Soudan. Le seul souci du chef de l'État est alors d'obtenir la garantie qu'il ne sera pas livré à la Cour pénale internationale. Cette garantie, il semble l'avoir eue durant cette nuit historique.

Omar el-Béchir, réticent, quitte alors la réunion. Il comprend que ses heures au pouvoir sont comptées. Selon certaines informations, il serait alors parti de sa résidence vers l'aéroport, où un avion saoudien l'attendait. Mais ultime rebondissement, à la dernière minute, Riyad, qui héberge déjà l'ancien président tunisien, Ben Ali, craint le mandat de la CPI et change d'avis. Le prince héritier saoudien est dans une situation toujours inconfortable et souffre des répercussions de l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Omar el-Béchir rebrousse chemin alors que les autorités annoncent la fermeture de l'aéroport de Khartoum. Selon nos sources, le chef de l'État se dirige vers sa ferme située à Aylafoun, à 30 kilomètres à l'est de Khartoum. Une ville où plusieurs hauts dignitaires de l'ancien régime aussi leurs résidences secondaires. « Ici, il se sentait toujours en sécurité », assure un opposant. Selon la chaîne Sky-news arabe, c’est pourtant à Aylafoun que le général Mohmad Othmane vient l’arrêter.

Désormais, le chef du conseil militaire soudanais indique que le président est en détention dans un lieu sûr, sans plus de précision. Des sources militaires précises à des médias régionaux qu’Omar el-Béchir serait en résidence surveillée dans une maison d'hôte située à l'intérieur même d’un complexe militaire à Khartoum.

 

RFI

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